A l'heure où la défense s'invite enfin dans la campagne, les dernières interventions des candidats du PS et de l'UMP confirment la convergence de vues, à quelques exceptions près.

  • Les deux candidats prônent le maintien du budget de la défense autour de 2% du PIB, la modernisation de la force de dissuasion nucléaire, le développement des coopérations européennes et de l'Europe de la défense, le concept de défense globale, le renforcement du rôle du Parlement, le volet sécurité et défense du service civique obligatoire, l'audit des programmes d'armement, la rationalisation des achats, la rédaction d'un nouveau Livre blanc …
  • L'allocution sur la défense de Ségolène Royal le 3 mars a permis à la candidate du PS de réaffirmer sa perplexité sur l'utilité d'un second porte-avions. La dimension européenne est prise en compte dans une perpective de mutualisation et de coordination avec nos partenaires. Les interventions extérieures se feraient sur une base beaucoup plus sélective, notamment en Afrique.
  • La convention de l'UMP sur la défense le 7 mars a permis à Nicolas Sarkozy de se distinguer par trois propositions déjà exposées par ailleurs : création d'une Agence de la défense civile pour animer et renforcer l'esprit de défense ; création d'un Conseil de sécurité nationale placé auprès du président de la République (fusion du Conseil de sécurité intérieure et du Conseil de défense - on pense évidemment au National Security Council américain) ; recours aux partenariats public-privé (PPP) sur le modèle britannique pour financer de grands programmes (par exemple des satellites de communication qui pourraient être partagés avec d'autres utilisateurs civils ou militaires).

Faut-il se réjouir de cette convergence apparente ? En partie oui, tant le sujet est lourd d'implications opérationnelles, géopolitiques et industrielles, avec 1/ des choix stratégiques sur la longue durée qui vont eux-mêmes structurer des programmes d'armement dont l'horizon temporel est incompatible avec le rythme politique (le ministère de la défense élabore un plan prospectif à 30 ans), 2/ des capacités d'intervention et des savoir-faire dont la maîtrise demande des années de montée en puissance. La nécessaire continuité de l'action de l'Etat et de ses engagements internationaux ne peut s'accommoder de trop brusques ou fréquents changements de posture. La différence se jouera donc essentiellement dans la mise en œuvre de ces propositions et la détermination du futur président / de la future présidente à maintenir le cap en dépit de la volatilité de l'opinion – aujourd'hui favorable à 61% au maintien de l'effort de défense - et de l'instabilité des menaces internationales.

A la marge, il faut cependant s'inquiéter d'un consensus confortable qui évite de bousculer les vaches sacrées et ne dispensera pas de mener dès le lendemain de l'élection une véritable revue stratégique de l'outil militaire pour adapter les capacités à l'évolution de la menace c'est-à-dire aligner les fins et les moyens. Deux exemples parmi d'autres :

  • L'allocation des ressources : la dissuasion nucléaire engloutit 20% des dépenses militaires d'investissement, alors que le spatial n'en représente que 3%. En ces temps de prolifération galopante, aucun candidat sérieux ne remet en cause la nécessité de la dissuasion, mais cette proportion est-elle immuable ? La guerre informationnelle a commencé depuis des années cependant la France n'investit toujours pas dans le renforcement de ses capacités satellitaires de renseignement et de communication et elle reste fortement dépendante des Etats-Unis en la matière. Un noyau de nations européennes trouverait là un chantier stratégique de première importance, sur le modèle des collaborations en place pour Galileo, les retards en moins, ou Helios II dans le domaine militaire. S'il fallait un seul événement pour se convaincre que l'espace est le prochain champ de bataille, l'annonce récente de la destruction d'un satellite en vol par la Chine en est la preuve (seuls les Etats-Unis et la Russie maîtrisaient ce savoir-faire jusqu'à présent).
  • L'Europe : les blocages politiques sont bien connus mais si l'Europe-puissance doit être un jour une réalité et non plus une incantation, il faudra exiger 1/ un seuil minimum de dépenses militaires 2/ un engagement mutuel de sécurité collective de la part de nos partenaires, 3/ une préférence européenne pour l'achat de matériels militaires.