Le chômage baisse-t-il en France ? La réponse est oui. Le taux de chômage en France est-il acceptable ? La réponse est non.

L'approche des élections a provoqué une déviation du débat. Des associations très "engagées" affirment que l'INSEE a obéi aux injonctions du gouvernement en ne publiant pas les chiffres annuels qu'il annonce généralement en mars. L'INSEE se défend en arguant que les chiffres, cette année, sont incohérents et exigent réexamen. Argument qui ajoute d'autant plus à la confusion que pressés par l'opinion les spécialistes de l'INSEE ont fini par "lâcher" les chiffres qu'ils avaient en leur possession mais dont ils n'étaient pas certains. Selon ces chiffres, le chômage en 2006 serait identique à celui de 2005 (9,8 % de la population active, là où le gouvernement espérait 9,1 % ou moins). Là-dessus l'ANPE annonce que le nombre de chômeurs enregistrés chaque mois en catégorie 1 (il y a 3 catégories majeures et quelques autres au gré de la législation) a baissé de 10 % sur l'année 2006 (la catégorie 1 est celle des personnes qui recherchent du travail à temps plein, à durée indéterminée et sont immédiatement disponibles). L'ANPE indique par ailleurs que le taux de chômage estimé chaque mois par l'INSEE était en janvier 2007 de 8,6 % au lieu de 9,6 % un an auparavant.

La bataille des interprétations n'est pas close. Ce n'est pas une consolation de savoir que la controverse sur la définition du taux de chômage bat également son plein en Grande-Bretagne. Alors que suggérer aux politiques ? Trois observations.

  • La première est de "détechnocratiser" les informations relatives au chômage et de s'appuyer sur un thermomètre compréhensible par le commun des mortels. Pour cela il faut partir d'une définition simple mais surtout identique dans la durée. La plus commode est celle du Bureau International du Travail – en gros celle de la catégorie évoquée à l'instant. Ce n'est certes pas génial. Mais c'est clair. Au reste les évolutions en matière d'emploi sont plus importantes que la photographie à un moment donné. Est-ce qu'on avance ? Est-ce qu'on recule ? Voilà la vraie question. Pour l'heure il semble que le chômage recule, mais en raison surtout des emplois aidés par l'Etat et les collectivités publiques et pas assez grâce à des emplois "marchands" qui contribuent vraiment à créer de la richesse.
  • La deuxième suggestion est de faire de l'INSEE un organisme le plus neutre possible donc ne dépendant pas du ministère des Finances (ou d'un autre). L'impartialité des experts de l'INSEE n'est pas en cause mais un organisme non lié à un ministre serait plus crédible. Certes il y aura toujours le risque de la coloration des dirigeants d'un organisme dit "indépendant", mais mieux vaudrait des experts contractuels que des fonctionnaires à vie.
  • La troisième est beaucoup plus générale. En France, depuis que le chômage est réapparu (en gros avec les crises pétrolières et la fin des trente glorieuses), les gouvernements pressés par les syndicats et les politiques s'attachent plus à maintenir les emplois existants qu'à agir pour multiplier les emplois nouveaux. On consolide les positions acquises. On refuse la flexibilité mais en réalité on freine les embauches. On lutte "contre" le chômage, on ne bat pas assez "pour" multiplier les emplois.