Par Nicolas Vanbremeersch[1]

Les blogueurs ont assez largement commenté l'annonce par le président de la République de son retrait, dimanche dernier. L'occurrence du mot "Chirac" dans les blogs a été multipliée par sept ou huit au lendemain de son allocution, rejoignant un court instant le volume de citations des trois principaux candidats à l'élection présidentielle.

Chez la plupart des commentateurs, ce départ est l'occasion d'un bilan sévère et froid, qui contraste avec la fierté et l'émotion du président lors de son allocution. Verel, commentateur plutôt centriste, très attaché aux questions d'emploi et d'innovation, estime que "son bilan est tout sauf flatteur : il a simplement contribué à faire de notre pays le dernier en Europe sur plusieurs critères majeurs"; il relève que qu'"en 2006, seul le Portugal avait en Europe une croissance plus faible que la nôtre", ou encore que "nous avions en 1994 la 2ème dette la plus faible de l'UE à 15. Le rapport Pébereau a montré qu'en 2005 nous avions la 11ème place". Les critiques de la blogosphère convergent : durée excessive des deux mandats, affairisme, règne de la parole, immobilisme et tromperie de la "fracture sociale"… Ce constat accablant n'est pas seulement dressé par des blogueurs d'opposition : même une figure de la blogosphère clairement classée à droite comme Koz considère que "nous nous trouvons dans un pays doucement bercé dans un parfum de naphtaline".

Au crédit du Président, cependant, on trouve sa position contre la guerre en Irak, saluée presque unanimement, même par les blogueurs les plus critiques. Le discours du Vel' d'Hiv' est également salué par deux journalistes : Christophe Barbier, de L'Express, qui le cite parmi les éléments positifs du bilan, afin d'"être juste avec Chirac", et Claude Askolovitch, du Nouvel Observateur, dans un billet par ailleurs sanglant pour le président. Quelques indépendants, non étiquetés chiraquiens, se distinguent par le bilan mesuré qu'ils établissent. Ainsi Authueil fait-il remarquer "qu'accabler l'homme (lui) paraît être un moyen, pour nombre de Français, à commencer par les élites, de se dédouaner de leurs responsabilités" ; Jacques Chirac "laisse quand même une France socialement apaisée", ayant "peut-être été beaucoup plus cohérent qu'on ne peut le penser".

L'annonce du retrait du président n'enflamme pas la blogosphère militante, préoccupée pour l'essentiel par la campagne en cours. A gauche, la sénatrice socialiste Sandrine Hurel, également candidate aux élections législative en Seine Maritime, évoque une "présidence du temps perdu" et établit une continuité entre l'action de Jacques Chirac et celle de Nicolas Sarkozy : "M. Sarkozy, l'homme de tous les excès, de tous les échecs, propose de poursuivre l'œuvre de M. Chirac en matière économique et social, là où ce dernier a échoué."

A droite, c'est le calme plat. Le blog officiel de l'UMP n'a fait que poster la vidéo de l'allocution, sans le moindre texte d'accompagnement, et ce billet ne recueille que huit commentaires. Il se trouve néanmoins quelques fidèles pour saluer l'action du président dans des termes élogieux et travaillés, comme Pierre Bédier, président du Conseil général des Yvelines et ancien secrétaire d'Etat dans le gouvernement Raffarin, qui s'emporte : "Qu'il est bon d'entendre ainsi conjuguer passion et ambition pour notre pays. Vivement que Jacques Chirac trouve un nouvel engagement pour continuer son action !".

A coté de ces paroles obligées, qui fleurent bon le discours de meeting, on trouve chez des militants plus anonymes une parole libre et des commentaires parfois iconoclastes. La réaction la plus intéressante reste sans nulle doute celle de la petite communauté des blogueurs chiraco-villepinistes. Elle fait aujourd'hui l'effet d'un groupe de soldats perdus, hésitant à se choisir un nouveau cap après plusieurs mois marqués par un soutien fervent au Premier ministre et des critiques appuyées à l'endroit de Nicolas Sarkozy. Christophe Carignano, journaliste automobile qui s'autoproclame "créateur de la communauté des blogs chiraquiens", a fait son choix : ce sera Bayrou, principalement parce que "des partis politiques comme l'UMP, complètement verrouillé par les sarkozystes, ne correspondent plus aux attentes des Français". Christophe Carignano invite ses camarades chiraquiens à le suivre – et de fait certains blogs de soutien à Dominique de Villepin ont commencé à lui emboîter le pas, même si ce mouvement reste encore marginal.

Le soufflé du sujet Chirac est néanmoins vite retombé. Un sage blogueur, Tlön, relève que "manger des pâtes et du jambon le dimanche soir n'a pas la même saveur lorsque la radio diffuse la cérémonie des adieux présidentiels en lieu et place du Masque et la plume". Il est plutôt rassurant de voir que les blogueurs n'ont pas que la politique en tête…

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net)