Une certaine surprise : le dernier discours de François Bayrou sur l'environnement date... d'avril 2006 ! Sa seule intervention sur le sujet, depuis lors, est sa réponse à Nicolas Hulot, sur laquelle je reviens ici.

Première proposition, à laquelle François Bayrou répond positivement : la création d'un poste de Vice-Premier-Ministre chargé du développement durable. François Bayrou souscrit à cette idée, et ajoute même que ce Vice-Premier Ministre sera chargé de tout le long terme, y compris par exemple la réduction de la dette publique, la transversalité… en gros tout ce que le Premier Ministre ne peut décider que de façon impopulaire. Ceci, une fois encore, pose beaucoup de questions : le Vice-Premier Ministre aura-t-il un pouvoir de veto sur les propositions des Ministres ? Quel rôle jouera-t-il par rapport au Ministre de l'Economie ? Pourra-t-il par exemple imposer le ralentissement de la vitesse sur les autoroutes, que beaucoup considèrent comme permettant d'économiser l'énergie, au Ministre de l'Economie à qui les recettes fiscales sur ces carburants vont manquer dans ses efforts d'équilibrage du budget ? La baisse de la vitesse limite de 10km/h est d'ailleurs au programme de François Bayrou depuis 2006. Dans le fonctionnement quotidien de la machine étatique, le Premier Ministre, pressé par des impératifs de court terme, choisira-t-il souvent de donner raison à ce Vice-Premier Ministre ? N'est-ce pas en réalité le rôle du Président de la République lui-même, au-dessus du Premier Ministre, de veiller à ce que soit pris en compte le long terme ?

Deuxième proposition de Nicolas Hulot : la taxe carbone. François Bayrou est le seul candidat qui prenne parti ouvertement pour une taxe carbone frappant les carburants, dont le taux irait croissant (en avril 2006, il suggérait "croissant de 3% par an"). Courage politique de proposer une mesure aussi potentiellement impopulaire ? Pas tout-à-fait : il élude remarquablement la difficulté politique de cette mesure en l'accompagnant d'un "préavis" de 10 ou 15 ans… Ce serait une première qu'un gouvernement fixe par loi de finances une taxe pour 10 ans plus tard ! Faut-il rappeler à François Bayrou que la loi de finances est annuelle ? Pour être sûr d'échapper à toute obligation de mise en pratique de cette mesure, il ajoute une autre condition : que la taxe soit au même niveau partout en Europe pour éviter le dumping fiscal. Ceci n'arrivera donc que si l'Europe a le pouvoir d'harmoniser la politique fiscale des Etats membres, et nous n'y sommes pas encore !

Troisième proposition : réorienter les subventions agricoles vers l'agriculture biologique. François Bayrou, qui connaît bien les paysans, est plus prudent : il se limite à encourager l'agriculture raisonnée et empêcher l'"irrigation abusive". Mais qui juge que l'irrigation est abusive ?

De manière générale, François Bayrou interdit volontiers les choses excessives, sans dire quand elles le sont ni qui décide de leur caractère excessif. Ainsi, à propos d'énergie, propose-t-il de supprimer les déplacements inutiles. Y a-t-il des déplacements inutiles ? Les voyages de tourisme le sont-ils, ou sont-ils nécessaires aux loisirs, à l'industrie du tourisme… ? Les déplacements professionnels sont-ils inutiles ? Les périodes d'étude à l'étranger, qui donnent le goût des voyages aux jeunes ? Cette absence de critère affaiblit la crédibilité de ces propositions : soit chaque déplacement est sujet à veto d'une autorité, et nous sommes en plein Orwell, soit il y a un critère pour juger impartialement de l'utilité… et on aimerait le connaître.

Pense-t-il introduire, comme il le suggère pour réduire les consommations d'engrais azotés, un système de permis pour chaque consommation ? Cette idée, à l'étude en Grande-Bretagne, soulève de telles difficultés d'application que le gouvernement britannique y a renoncé.

A noter toutefois une proposition intéressante dans le discours de 2006 : celle de remplacer le PIB, comme indicateur de richesse, par un indice de développement humain plus sophistiqué et plus représentatif du développement (santé, éducation, mode de vie, …). Sans aucun doute une piste à creuser, comme j'ai déjà eu l'occasion de le suggérer !