Il ne fait pas bon être libéral en France. Ce n'est pas vraiment une découverte, me direz-vous, et vous aurez tout à fait raison. Alain Madelin a réalisé un score plus que modeste en 2002 ; chaque jour, le libéralisme est caricaturé en France, et ce en premier lieu par le Président de la République lui-même. A longueur de journaux lui sont imputés ses dégâts pré-supposés ou mis en exergue des concepts étranges comme les "licenciements boursiers". Le plus étonnant dans cette posture antilibérale, c'est la capacité qu'ont ses représentants à s'impliquer dans des aventures individuelles, à l'opposé donc des valeurs qu'ils sont sensés incarner. C'est probablement leur individualisme forcené qui marquera la fin de leur mouvement collectif.

L'étrange glissement sémantique de l'extrême gauche

Il y a une bonne dizaine d'années maintenant, la gauche de la gauche s'était entichée du thème qu'elle jugeait rassembleur de "anti-mondialiste". Puis constatant que le préfixe de "anti" qualifiait à juste titre sa posture d'opposition plutôt que de proposition, ce mouvement multiforme et hétérogène a jugé bon de se requalifier d'"altermondialiste", façon de cacher habilement le vide de sa pensée en défendant l'idée d'un Plan B.

Puis à nouveau, l'absence de propositions crédibles d'une part et le transfert de l'incarnation de la mondialisation des méchants Américains vers les gentils Chinois rendaient à nouveau impropre la sémantique. En effet, comment s'en prendre à ceux qu'on prétend vouloir sortir de la pauvreté et qui s'en sortent grâce au processus que l'on conteste ?

On se souvient de la déclaration incroyable du Président Chirac qui, lors du référendum sur la Constitution Européenne, l'avait posé comme argument ultime que cette même Constitution était, je cite, "tout sauf libérale".

Gonflée à bloc suite au "non" au référendum, jugeant probablement le credo porteur, l'extrême gauche rassemblée dans tout son désordre consubstantiel s'est alors auto-baptisée "antilibérale". Nouvelle erreur de marketing : à nouveau, l'introduction du préfixe "anti" est le symbole même de l'absence d'un projet politique positif et porteur d'avenir. S'ajoute à ce concept fébrile une compétition acharnée entre les représentants de cette mouvance qui s'apparente plutôt à une balkanisation. On ne sait jamais, peut-être cette bataille des egos aboutira-t-elle demain à rebaptiser ce mouvement "alterlibéralisme"...

L'extrême-gauche n'a pas le monopole de l'antilibéralisme

Que l'extrême gauche s'attaque au concept du libéralisme, après tout, cela reste cohérent avec son positionnement idéologique. Qu'un Président sur le départ le compare au communisme, c'est lamentable mais bon, c'est le passé.

Là où cela devient moins compréhensible, c'est lorsque que les dirigeants de demain au sein des partis de gouvernement n'assument pas la réalité de leur adhésion au système libéral sur le plan économique. Parce qu'en fait, à tort selon moi, ils estiment que celui-ci s'assimile dans l'opinion au modèle anglo-saxon, comme ce fut le cas ces dix dernières années pour la mondialisation.

En général, ils évitent de s'en prendre au libéralisme en tant que tel pour mieux le caricaturer ; ils lui préfèrent l'ultralibéralisme, forcément atlantiste, ou encore le capitalisme, si possible financier, et qui lui se pimente volontiers du terme voyou, pour les patrons – si possible grands – ou les actionnaires – si possible américains.

Même notre nouvelle star montante de l'extrême centre a préféré éviter dans son slogan le terme "social-économie" pour représenter un programme en réalité ancré dans le social-libéralisme. De l'anti-système et du courage politique en quelque sorte…

L'heure de vérité pour l'antilibéralisme

Dans un mois, les urnes parleront. Elles diront si en effet, une part importante des Français impute le déclin de la France à un excès de libéralisme.

Pour ma part, je ne crois pas que ces postures seront récompensées en suffrages car les études d'opinion l'attestent, les Français ont compris qu'il n'y avait plus de miracle à attendre d'un Etat-Providence trop endetté et trop peu efficace ; que par conséquent, il faut surtout attendre de soi-même.

Si le poids électoral de cette mouvance se confirme au niveau où il est dans les sondages, ces compétitions antilibérales, paradoxalement fondées sur des aventures individuelles, porteront alors en elles-mêmes leurs fins programmées, et les partis de gouvernement n'auront plus alors aucune raison à s'accommoder de cet obscurantisme économique.