De 1,6 à 0,7 %, c'est le poids relatif de la population française dans le monde en 1950 et en 2020. Le problème n'est pas seulement français. Alors que le reste du monde galope pour être au niveau de la mondialisation, l'Europe réussit à peine à tenir sa tête hors de la vague du changement. Alors que les Français vivent les préliminaires de la campagne présidentielle, il est utile qu'ils soient informés non sur les données d'avant-hier mais sur la réalité du présent.

Cette réalité est une formidable transformation du monde. Elle s'est opérée en deux générations à peine. La grande Europe représentait 40 % de l'Asie en 1950, 20 % en 2000 et descendra à 14 % dans moins de 20 ans. Il est vrai qu'avec 6 % de la population mondiale, l'Europe à 15 contrôlait encore, il y a peu, 40 % des échanges mondiaux. Le poids démographique n'est pas tout, la mise en œuvre des talents et du travail peuvent compenser la taille physique. Il n'en demeure pas moins que si l'Europe a un temps dominé le monde c'est qu'elle était, à l'époque (au XIXè siècle), en plein essor démographique.

La croissance mondiale vient de connaître une phase de forte hausse : 5,1 % en 2004 ; 4,6 % en 2005. Elle est tirée par les Etats-Unis qui ont beaucoup investi, amélioré la rentabilité des entreprises, accru le taux d'activité, et créé 2,5 millions d'emplois l'an dernier.

La Chine est l'autre moteur de la croissance. A elle seule elle en assumerait 30 % (sur la base de mesures à partir des produits intérieurs bruts en parité de pouvoir d'achat). La Chine pèse de plus en plus dans le commerce mondial. Elle est le premier consommateur mondial de nombreuses matières premières. Elle est aussi, avec le Japon, à la tête des plus fortes réserves de change et contribue à combler le déficit extérieur américain.

Le basculement du monde ne s'arrête pas là. L'Inde connaît une croissance de près de 8 %. Le Japon a repris sa marche en avant. L'Afrique elle-même suit le mouvement à l'exception des pays ravagés par les conflits religieux et raciaux. Cela ne veut pas dire prospérité générale, mais progrès dans la course de rattrapage. En revanche l'Europe de l'Ouest est à la traîne.

La faiblesse de la croissance conjuguée à la faiblesse des investissements se traduira assez vite en France par un vieillissement de notre potentiel économique. Une croissance de 1,5 % l'an est tout à fait insuffisante pour "digérer" les hausses automatiques de nos dépenses publiques et sociales. 2 % suffiraient à peine.

Le diagnostic est sévère, notamment pour la France. Notre poids politique s'amenuise ; notre modèle social est en déficit structurel. Nous avons un Etat très lourd alors que notre tissu industriel, base de la création de richesses, est trop faible. Tout programme d'action qui ignorerait ces réalités serait une tromperie.