Par Nicolas Vanbremeersch[1]

Identité nationale. Association de deux mots totalement absente des discussions entre internautes avant le 9 mars, et qui y fait soudain irruption, suite à la proposition de Nicolas Sarkozy de créer ce fameux "ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale". Depuis près de trois semaines, le terme s'est installé dans les discussions : on n'assiste pas, ici, à un emballement passager, mais à un entrelacs de conversations entretenues au gré de l'actualité et de la relance du sujet par les différents candidats. En l'espace de trois semaines, le phénomène a déjà connu plusieurs phases.

Jusqu'au 9 mars, les seuls blogs à mentionner le terme d'identité nationale sont pour leur immense majorité des blogs d'extrême droite, comme celui du FN de la 11ème circonscription du Rhône, le reste étant constitué de blogs traitant des conflits internationaux, pour lesquels le terme est un concept relativement usuel. Le mot connaît un premier petit succès le 26 février, lors de la convention de Jean-Marie Le Pen à Lille, qui salue "Lille… ville frontière, vigilante sentinelle au rempart de notre défense, aujourd'hui encore à la pointe du combat pour la sauvegarde de notre territoire et de notre identité nationale, si fortement menacés".

Les jours suivant la déclaration de Nicolas Sarkozy, le terme se hisse à un niveau majeur dans les conversations : il atteint le niveau du mot "retraites", mais reste en deça de sujets comme l'environnement ou le chômage. La polémique semble d'ailleurs surtout le fait de militants : réaction d'indignation à gauche, principalement sur l'association des deux termes, dans un premier temps, puis contre-feu des sphères UMP, qui soutiennent, plutôt mollement, leur candidat sur ce sujet. Le sujet nourrit manifestement plus la mobilisation des anti-Sarkozy que la ferveur des militants UMP.

A partir du 20 mars, le sujet redescend fortement, jusqu'à redevenir mineur : d'une centaine de billets postés chaque jour, on passe à une grosse dizaine : c'est en général le signe de l'épuisement d'un emballement médiatique. Mais les discussions s'enflamment à nouveau à partir de la relance, le 24 mars, de la question patriotique par Ségolène Royal et ses propositions autour du drapeau et de la Marseillaise.

Cette relance fait sortir le débat du cadre traditionnel de l'affrontement gauche-droite. Les camps de gauche, fortement mobilisés contre le thème, sont souvent déconcertésface à la position de la candidate, comme en témoigne la réaction de Garibaldo, sur Nissa2008, qui avoue "avoir été un peu surpris des dernières déclarations de Mme Royal relatives à ces notions" de drapeau, d'identité nationale et de nation. Ségolène Royal se rend sur le terrain de Nicolas Sarkozy, à son invitation, et ce n'est pas du goût de tout ceux qui la soutiennent.

A coté des sphères militantes, une réflexion s'engage sur les contours de la notion d'identité nationale. Face à des candidats qui peinent eux-mêmes à lui donner du sens, les internautes s'interrogent sur cette association de mots, peu commune dans leur vocabulaire. Garibaldo cherche : "l'identité génétique de la France, s'il y en a une, est faite d'une langue, qui a fortement évolué avec l'histoire, piochant chez les voisines, les envahis et les envahisseurs, de quelques usages culturels, qui ont aussi fortement évolué dans le temps, empruntant généreusement aux autres, et plus récemment, par quelques principes : démocratie, république, laïcité, "Liberté, Egalité, Fraternité"... qui sont, là encore, des principes ouverts et évolutifs." Authueil, blogueur de droite, suit la définition proposée par Nicolas Sarkozy : "l'identité d'une nation, c'est un certain nombre de règles, d'interdits, qui forment le socle de notre culture, de notre identité, et qui ne sont pas négociables" - mais sans en préciser la liste. Sur de nombreux blogs, le même débat s'installe : quels sont les éléments constitutifs de cette identité ? Quelques valeurs reviennent souvent. Les termes de "liberté", "égalité", "fraternité", "laïcité" sont souvent proposés, mais également contestés : la France n'en a pas le monopole. L'histoire est évoquée, quelques hommes, une culture, des dates, une langue. Souvent, la définition, faute de termes positifs, se fait "contre" des menaces ou ce que ne serait pas l'identité de la Nation France : l'excision, les moutons égorgés, l'absence d'autonomie de la femme ou le foulard reviennent en force… Les discussions, hors des sphères extrêmes, laissant souvent entendre qu'une menace pèserait sur cette identité, sans toujours arriver à la nommer.

En politique, parvenir à définir les termes du débat est un art. Pour un candidat, lancer un débat qui tient le haut de l'affiche pendant près de trois semaines est une chance. Reste une incertitude : un blog Front National traite les autres candidats de "copieurs". Ce débat profitera-t-il à son habile initiateur, ou à celui qui en a fait son fonds de commerce historique ?

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net)