Qui sommes nous ? Qui voulons-nous être ? Que pouvons-nous être dans un monde extraordinairement mouvant dont la population est passée en cinquante ans (1950 – 2000) de 2,5 milliards d'hommes à plus de 6 milliards, et en gagnera un de plus avant 2030 ? Certes la masse de la population ne fait pas tout et il est des pays de petite taille qui jouent un certain rôle. Mais nous avons le souvenir historique de l'époque lointaine où nous avons exercé une influence mondiale. Est-ce que nous pouvons encore y prétendre avec nos 65 millions d'habitants ? Sûrement pas en prétendant singer le passé, ni en nous contentant de dire que notre modèle social est incomparable. Mais à défaut de jouer les Goliath nous pouvons nous ranger parmi les David, c'est-à-dire ceux qui compensent par l'intelligence et le travail la faiblesse de leurs muscles.

L'identité française évoluera, comme l'anglaise, comme la chinoise, et bien d'autres, même si elle restera marquée par des qualités et aussi des défauts comme, par exemple, la productivité au travail d'une part, la tendance à la jalousie de l'autre. Un vrai débat sur ces thèmes suppose d'abord une information solide des citoyens. Ainsi la réalité économique est la compétition. Il faut être capable de trouver des acheteurs à ce que l'on produit (le marché). Sur la durée c'est l'innovation et la qualité qui gagnent : voyez la mécanique allemande. Cette réalité est elle-même en pleine évolution. A l'ère de l'abondance où l'on croyait être entré en 1970 est en train de succéder l'époque du développement durable exigeant, pour la survie du monde, que l'on produise plus et mieux avec moins de matériaux, de ressources naturelles, bref avec plus de productivité. Les entreprises et les économies d'avenir seront celles qui maîtriseront le mieux les disciplines de la rareté.

La réalité ce seront aussi des mouvements de populations massifs. Nous ne sommes pas chargés d'assumer toute la misère du monde, comme le disait Michel Rocard il y a longtemps déjà. Mais nous avons à prendre conscience que l'Europe entière aura besoin d'un apport de sang neuf pour échapper aux effets du vieillissement. La force américaine vient d'un tel apport. Encore faut-il que les immigrants viennent en Europe pour être européens comme les Asiatiques ou les Mexicains viennent aux Etats-Unis pour devenir américains et se comporter comme tels. Cela suppose d'affirmer la personnalité française et européenne, donc, sans être intolérants nous-mêmes, de ne pas admettre que les nouveaux arrivants le soient à notre égard. Les enjeux religieux sont certainement les plus graves, d'où l'affirmation nécessaire de la laïcité véritable qui est de refuser le mélange des pouvoirs temporels et spirituels.

Voilà quelques exemples de thèmes de discussion relatifs à l'identité nationale d'aujourd'hui et de demain. Il serait dommageable que plutôt que d'oser débattre de ces difficiles problèmes (et ils ne sont pas les seuls), les politiques agitent le drapeau tricolore comme s'ils voulaient faire croire qu'à son abri les Français peuvent faire ce qu'ils veulent, du social nationalisme ou du chauvinisme protectionniste. C'est en observant les réalités en cours plutôt qu'en faisant référence aux idéologies d'hier qu'ils ont des chances de continuer à exister et progresser en tant que communauté, demain et après demain.