Le Président de la République est chef des Armées. Il a la responsabilité majeure de l'usage de l'arme nucléaire. Quelle idée de la Défense se font les candidats à la Présidence ?

Que vaudrait une élection qui n'aurait pas été précédée de débats solides sur ce thème ? Il appartient à la société civile de faire pression pour qu'ils aient lieu, même si le poids des problèmes intérieurs passe pour l'emporter dans l'esprit des électeurs. La Défense en effet touche à l'essentiel : "qu'est-ce qu'on défend ?".

On défend la Nation qui n'est pas seulement un territoire mais un ensemble d'hommes, de valeurs et d'intérêts. La nation elle-même est un concept fort mais dont les contours peuvent évoluer. Elle fait partie d'un ensemble européen et au-delà d'une forme de civilisation.

On défend les ressortissants du pays à l'intérieur contre les attaques armées éventuelles mais aussi contre des agressions plus sournoises. A titre d'exemple la lutte contre les drogues ravageuses relèvent, en définitive, de la Défense. De même la lutte contre les pollutions massives et durables, mais aussi la protection des ressortissants à l'extérieur. C'est même la raison pour laquelle la France intervient ou devrait intervenir dans certains pays.

On défend des intérêts économiques mais aussi culturels. Ainsi au travers de l'enseignement à l'étranger, de l'usage de la langue ou de la présence sur les ondes.

Le lien entre politique extérieure et défense est évident. Si l'Europe voulait réellement être unie, elle le serait d'abord en ces domaines comme elle l'est déjà en partie au travers de la politique commerciale. Mais il faudrait un important budget commun de Défense.

La Défense dans ses aspects purement militaires repose sur un budget, des règles politiques, des ressources humaines. Le budget n'a de sens que pluriannuel. Les matériels durent des années. Ils doivent être entretenus. Aujourd'hui 50 % des matériels français est en état de marche, contre 80 % il y a une vingtaine d'années. Si l'on considère le budget de la Défense comme une tirelire disponible pour d'autres affectations, la fiabilité du système est atteinte. On touche là à la dimension politique. Si la défense n'est pas une des priorités durables, elle est un trompe-l'œil. On l'a vu en 1940. Mais pour beaucoup de gens, 1940, c'est bien loin.

Quant aux ressources humaines, elles sont d'abord constituées par une armée désormais de métier dont les membres sont appelés, s'il le faut, à prendre des risques mortels. Au nom de quelles valeurs acceptent-ils et accepteront-ils de la faire ? Ils n'ont plus, en revanche, le rôle d'intégration des jeunes qu'ils exerçaient à l'époque de la conscription. On sent bien que les candidats à la présidence cherchent des palliatifs à ce vide.

Un autre aspect de la Défense lié à la politique extérieure est celui de l'ajustement des ambitions et des moyens. La France se veut une « puissance » un peu à l'américaine, mais en petit, couvrant toute la gamme des interventions. Mais en a-t-elle réellement les moyens ? Et pour quels résultats ? A plusieurs reprises on a vu au cours des années récentes que nous n'étions pas en mesure de peser vraiment sur le cours des évènements. L'Europe plus unie en aurait-elle été capable ? Votre avis, Mesdames et Messieurs les candidats.

Votre avis aussi sur le rôle de la Recherche et du Développement dans la Défense, et dans les activités qui lui sont directement et indirectement liées. La liste des avis à solliciter ne s'arrête pas là. En revanche il est un avis qu'il revient aux électeurs d'émettre : celui de déterminer parmi les candidats la personnalité la mieux capable de prendre de bonnes décisions dans des circonstances dramatiques.