A trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, faisons un point sur la manière dont le débat sur la santé s'inscrit dans la campagne électorale à l'aune des dix questions structurantes que nous avions identifiées l'été dernier.

Dans un premier temps, j'ai commencé à préparer un tableau avec en ligne les dix questions et en colonne les propositions des principaux candidats. J'y ai renoncé pour plusieurs raisons. D'abord, beaucoup de cases du tableau restent désespérément vides. Par exemple, rien de concret sur les enjeux sanitaires du vieillissement de la population, ni sur les grands risques émergents, ni sur le contenu réel du principe dit de précaution.

Ensuite, quand il y a des réponses, elles évoluent au gré de la dynamique du débat, ce qui n'est pas choquant d'ailleurs, mais il est alors difficile d'en produire une analyse stabilisée. Enfin, il est d'évidence que la santé n'est pas une source de clivage majeur dans cette campagne.

Je n'ai guère envie d'ajouter à la litanie des "oubliés" du débat présidentiel. A longueur de colonnes, on lit qu'il est déplorable que les candidats parlent peu de la dette, de l'écologie, de l'éducation, de la culture, etc. Bref chacun s'imagine que sa spécialité devrait occuper le devant de la scène. La vérité est que nous assistons à une bataille d'image et de posture et il en est ainsi lorsque la démocratie cède à la médiacratie. Dès lors, il n'y a pas de raisons de produire des programmes bien définis et il n'y a donc pas matière à analyse.

S'agissant de la santé, c'est à peine si la question de l'équilibre des comptes, la démographie médicale, les inégalités de santé sont débattus et cela dans des termes d'une banalité désolante au sens où l'on entend beaucoup de réponses à des problèmes non définis. Dans la plupart des interventions des candidats sur le thème de la santé, ce sont les questions de financement des soins qui dominent mais personne ne propose un diagnostic global des forces et faiblesses de notre système de santé.

Trois grandes explications pour ceci peuvent être proposées :

  • les candidats pensent qu'il y a plus à perdre qu'à gagner à s'avancer précisément sur le terrain de la santé qui fait l'objet d'une grande sensibilité sociale ;
  • la santé ne se prête guère à des points de vue divergents car elle fait globalement l'objet d'un consensus et dès lors ce n'est pas sur ce point que les candidats peuvent faire la différence ;
  • la santé ne relève pas des prérogatives du Présidente(e) et il reviendra au ministre de la santé de gérer ce secteur. On remarquera d'ailleurs que Xavier Bertrand qui a parfaitement bien compris les grands enjeux sanitaires est devenu un pilier de la campagne de Nicolas Sarkozy sans que cela n'ait eu pour l'instant la moindre influence sur le discours du candidat en matière de santé.

Il est aussi possible que toutes ces explications soient vraies simultanément.

Prenons acte de cette situation dont chacun sait qu'elle est suffisamment préoccupante pour que notre futur Président, quel qu'il (elle) soit obligé(e) de s'en mêler. Gardons en tête notre liste de questions cruciales. Peut-être la campagne législative permettra t-elle de mieux cerner les grandes options en présence. Et puis l'avenir nous dira si la présentation des grands enjeux sanitaires que nous avons faite était pertinente ou non. Nous avons essayé de structurer les questions indépendamment des grands corporatismes mais cela est assez utopique. La valeur du C va passer à 22 € : ouf !

Pour terminer, il me semble qu'une chose a marqué cette campagne et c'est à l'Institut de l'entreprise qu'on le doit. C'est le chiffrage indépendant des propositions des candidats, ce qui représente ni plus ni moins que l'introduction du contrôle qualité dans la sphère politique, et je pense que c'est un tournant important. On voit émerger le mouvement qui fera que chaque proposition d'un Président, d'un Premier ministre, d'un Ministre ou d'un responsable d'une grande collectivité sera expertisée à l'aune de son impact anticipé. Le politique y gagnera en crédibilité et en responsabilités assumées. Plutôt que de se lamenter sur le pauvre sort réservé au débat sur la santé dans cette élection, il est préférable de souligner ce point qui signifie sans doute que l'initiative de l'Institut de l'entreprise ne restera pas sans lendemain. Alors, amis blogueurs, à bientôt sans aucun doute.