Par Nicolas Vanbremeersch[1]

Voici plusieurs mois – bien avant que ne s'imposent les règles contraignantes de la campagne officielle – que des voix s'élèvent pour demander la tenue d'un débat télévisé entre les principaux candidats à l'élection présidentielle. En février, une pétition initiée par des journalistes de l'audiovisuel public a réuni près de 11 000 signatures, demandant l'organisation d'un débat télévisé. On sait ce qu'il en est advenu : entre les considérations tactiques des candidats et les contraintes réglementaires imposées aux chaînes télévisées en matière d'équilibre des temps de parole, le projet est resté lettre morte. Dans un premier temps, la blogosphère ne s'en est pas émue outre mesure, considérant sans doute qu'il s'agissait là d'un enjeu propre à ce média de masse qu'est la télévision. Le débat télévisé "d'avant premier tour" faisait certes l'objet d'un petit bruit de fond dans les blogs, mais sans émerger comme un sujet majeur.

Il manquait l'étincelle. Celle-ci est venue de François Bayrou, qui, en marge d'une conférence de presse, le 3 avril, a proposé aux autres candidats de débattre directement sur internet pour s'affranchir des règles contraignantes du CSA, régulièrement invoquées par Nicolas Sarkozy pour refuser un débat télévisé. Le candidat centriste appelait les internautes – et plus particulièrement les "blogueurs" - à organiser sur le net un débat "entre les quatre principaux candidats". Ce faisant, il reprenait une idée lancée par Carlo Revelli, responsable du "media citoyen" Agoravox .

Et de fait, des "blogueurs" ont répondu à son appel. Si la grande masse des blogueurs anonymes est restée globalement peu mobilisée sur ce projet, plusieurs figures du web politique se sont rassemblées pour proposer un tel débat. Dans un premier temps, chacun y est allé de sa proposition de format. L'exigence de pluralisme le disputait à la volonté ferme de voir les candidats ayant une chance réelle d'arriver aux deuxième tour croiser enfin le fer. Les solutions les plus originales ont été lancées, discutées, reprises, modifiées sur le web. Thierry Crouzet, évangéliste du "5ème pouvoir", a proposé une formule de débat à quatre, avec huit observateurs. On a parlé de speed dating entre candidats. On a imaginé la participation des internautes, pour fournir des questions de manière participative, avec une modération. Les contributions ont été innombrables : on a compté ainsi plus de trois cents commentaires sous le billet original de Carlo Revelli.

Les "media traditionnels" n'ont pas été en reste. Plusieurs rédactions de sites internet, dont 20 Minutes, Les Echos ou Marianne, ont également proposé leurs services. Les emails ont circulé dans une vraie effervescence, entre rédactions et blogueurs, pour finalement aboutir, en moins de quarante-huit heures, à un appel au débat sur internet, proposé sous forme de pétition, et signé à la fois par des rédactions de media nationaux et régionaux, des blogueurs et des responsables de sites associatif[2] L'exigence du débat avait semble-t-il réconcilié, au moins sur son principe, blogueurs et journalistes. L'exploit n'était pas mince !

L'appel devenu pétition, restait à proposer une organisation pour ce débat. La préparation s'est faite sous les yeux de tous, les initiateurs de la démarche rendant compte régulièrement de leurs discussions aux internautes. On peut estimer à plus de trois mille, en l'espace d'une petite semaine, le nombre des propositions et commentaires divers postés sur la vingtaine de blogs et sites "citoyens" qui ont relayé l'appel. Celui-ci a finalement débouché sur la proposition officielle d'un débat entre les quatre principaux candidats qui se tiendrait le 16 avril, assortie d'une autre proposition, émanant des sites "citoyens", de débats avec les huit autres candidats.

Les limites d'un tel débat sont connues : près de la moitié des Français n'a pas accès à internet ; le défi technologique est important. Les équipes des candidats pointent ces faiblesses, et jugent qu'un réel débat entre candidats doit avoir lieu sur le "seul vrai média démocratique", la télévision. Dans une campagne où les candidats utilisent justement internet comme l'outil d'un rapport direct au peuple, et où la télévision a proposé l'effacement des journalistes devant des citoyens tirés au sort, il est rafraîchissant de voir des internautes et journalistes se retrouver dans l'appel à une confrontation directe entre candidats, qui, à une semaine du premier tour, n'a toujours pas eu lieu.

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net)

[2] Appel auquel s’est associé l'auteur de ces lignes, ainsi que Débat 2007.fr.