Pour bien conduire la réforme, le futur chef de l'Etat n'aura pas trop d'un mandat clair, de pouvoirs suffisants, d'une équipe expérimentée et de toute son expérience du pouvoir.

Voyons comment nos candidats répondent à ces exigences.

Un mandat clair

S'il y a une proposition claire, c'est celle de M. Sarkozy.

Savoir si vous l'appréciez ou pas est une autre question qu'on a abordée dans les billets précédents de ce blog. Mais prétendre ne pas savoir à quoi s'attendre avec lui relève de la cécité.

M. Sarkozy n'a été avare ni d'actes de foi, ni d'idées. Il a fait du travail son cheval de bataille. En matière de sécurité, il est un homme de l'ordre. Dans le domaine des institutions, il promet un ravalement, pas une refondation. En matière économique, il penche du côté des libéraux. En politique étrangère, il est pro-américain et pro-israélien. Etc.

Les positions de M. Sarkozy varient assez peu dans le temps. Il n'y a guère d'écart significatif entre ce qu'il déclare aujourd'hui et ce qu'il déclarait en début de campagne, voire avant d'entrer en campagne ; ses variations sur un même thème relèvent du réglage du discours. Il y a un fond de conviction chez cet homme-là.

Par ailleurs, il n'y a pas de différence entre le programme du candidat et celui du parti qui le soutient et qu'il dirige.

Avec M. Sarkozy, les choses sont donc claires. Cette clarté ouvre la voie au changement et, le cas échéant, à une rupture sur la base d'un mandat démocratique. S'il est élu, M. Sarkozy pourra exciper d'un mandat clair de la nation. Il serait fondé à mettre en œuvre les réformes sur lesquelles il aurait été élu. C'est d'ailleurs bien ce que craignent ses adversaires.



Chez Mme Royal, la clarté est obscure.

Mme Royal a plus de convictions que d'intuitions et plus d'intuitions que d'idées. Il y a certes des domaines où elle a des idées bien arrêtées – sur elle-même, sur les femmes, sur l'éducation des enfants, par exemple, mais aussi sur la formation et sur la recherche – mais aussi bien des domaines où son manque d'expérience, son goût pour l'improvisation, une confiance en elle pas toujours compréhensible et une réflexion un peu courte constituent un réel handicap. Qu'il s'agisse d'ordre juste, d'économie d'entreprise, du contrat première chance ou de politique internationale, l'à peu près dans lequel elle se complaît laisse l'auditeur sur sa faim.

Dans les domaines où elle a des convictions, Mme Royal manque souvent de constance : exemple, les établissements à encadrement militarisé pour jeunes délinquants, tantôt défendus, tantôt oubliés, ou le temps de travail réel des professeurs. Non que ces convictions ne paraissent sincères, mais elle les dissimule ou les montre, elle pratique des discours différents selon ses interlocuteurs, selon qu'elle cherche le soutien tactique des éléphants ou décide de s'en passer, par exemple.

Sur les thèmes que lui imposent les événements ou ses adversaires, elle tâtonne souvent, parle un peu trop vite, exprimant parfois la vulgate socialiste, osant parfois des opinions personnelles, revient en arrière, teste une idée, attend les réactions, se rallie quand il le faut à une position plus au centre, plus à droite. Mme Royal annonce cent mesures du niveau d'un sous-secrétaire d'Etat puis refuse d'entrer dans les détails, se réfugie dans la sphère des valeurs, se drape dans sa féminité pour se défendre, critique ses critiques. Elle se reconnaît dans le programme de son parti quand ça l'arrange ; elle s'en écarte quand elle croit que c'est bon pour elle. On devine que ces contradictions et ces ambiguïtés sont essentiellement tactiques.

On se dit parfois qu'elle aurait à gagner à ne plus écouter qu'elle ; elle y gagnerait en clarté et en sincérité. D'autres fois, on se dit qu'elle devrait se censurer, se donner le temps de la réflexion, écouter les personnes d'expérience - il y en a bien dans son entourage.

On espère pour Mme Royal que l'ambiguïté de l'auberge espagnole qu'elle nous propose fonctionnera comme un attrape-tout électoral. Reste qu'avec elle, on ne sait pas précisément à l'avance quelle politique sera finalement appliquée. Sa démarche est beaucoup moins démocratique que celle de M. Sarkozy, qui s'en tient à l'estimable principe de M. Jospin : dire ce que l'on fait et faire ce que l'on dit. On nous avait prévenu que Mme Royal avait une conception césarienne de la démocratie – son côté Jeanne d'Arc, en somme. C'est tout vu.

M. Bayrou, c'est le degré zéro du programme.

Il n'exprime pas idée personnelle. Il n'a pas le soutien d'une formation à vocation majoritaire qui articule des propositions en son nom. Il se contente d'afficher des valeurs, des intentions et surtout une méthode. Ses valeurs sont assez générales pour n'être pas aisément contestables, ses intentions sont généreuses et sa méthode, consensuelle. Il porte une promesse.

Avec lui, le changement, si changement il y a, sera négocié. Pas comme avec M. Sarkozy qui pourra invoquer le mandat populaire et réformer par la loi. Pas comme avec Mme Royal qui organisera la négociation entre partenaires sociaux sous la menace d'une intervention du législateur dans un sens qu'on peut seulement deviner – un peu comme Mme Aubry, avec la négociation en faux-semblant sur les 35 heures, en somme. Avec M. Bayrou, la sortie de la négociation dépendra des forces en présence, pas d'un clair mandat donné par les électeurs ; en somme, après les douze ans que nous venons de vivre, nous ne courrons guère le risque d'être dépaysés.

Ce qui attire certains chez M. Bayrou, c'est sa plasticité sans les risques d'hégémonie associés au support d'un grand parti présidentiel. Mais plus encore que les difficultés à constituer une majorité présidentielle – point sur lequel je reviendrai – c'est son manque d'idée directrice, de vision, qui mine sa crédibilité.

Des pouvoirs suffisants

Sur les institutions, il y a les déclarations d'intention des uns et des autres, il y a ce qui n'est pas promis, il y a ce qui sera possible et il y a les leçons qu'on nous permettra de tirer de l'expérience.

Les déclarations tournent généralement autour de la réduction des pouvoirs du chef de l'Etat – ou au moins autour d'une autre manière d'exercer le pouvoir – et de l'augmentation des pouvoirs du Parlement – ou plus exactement de l'Assemblée nationale. Chez les candidats qui veulent s'attirer à peu de frais le soutien de la classe politique, il est de bon ton de proclamer qu'on gouvernera avec sérénité et de manière consensuelle – d'où la promesse, par exemple, de restreindre la liste des emplois nommés en conseil des ministres (c'est-à-dire en fait par le président de la République), de donner au Parlement un droit de regard à l'Américaine sur la nomination de personnalités à des instances comme le Conseil Constitutionnel ou le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et de ne plus présider le Conseil supérieur de la magistrature. On promet par ailleurs de renforcer les pouvoirs de l'Assemblée, par exemple en renonçant à l'exercice de l'article 49-3 qui permet le vote bloqué des lois (sauf pour l'Assemblée à renverser le gouvernement au risque d'une dissolution) ou, pour Mme Royal, de rogner les pouvoirs du Sénat.

Est-ce que ces intentions, pour autant qu'elles soient traduites en actes, nous feraient passer de la Vème à la VIème République ? On peut en douter.

Ce qui n'est l'objet d'aucune promesse, c'est de renoncer à l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel. Ou, pour le chef de l'Etat, de renoncer au droit de dissoudre l'Assemblée, ou de consulter le peuple par voie de référendum, ou de faire jouer l'article 16. On voit que les promesses ne touchent pas à l'essentiel.

Quand à traduire les intentions et les promesses en actes...

Réduire les pouvoirs du Sénat, la belle affaire, mais comment le faire sans l'accord du Sénat lui-même, appelé à voter les révisions constitutionnelles et qui, de révision en révision, n'a cessé de se renforcer depuis le début de la Vème République ? Et si la Présidente veut rogner les pouvoirs du Sénat par voie référendaire - en supposant que ça ne lui rappelle rien – comment s'affranchir du contrôle d'un Conseil constitutionnel qui est composé d'une majorité de droite et qui est présidé par un homme qui ne cache pas son attachement à la constitution de papa ?

Ce qui alimente le scepticisme, ce sont les leçons tirées de l'expérience des cinquante dernières années. Sans être trop polémique, on se souviendra que M. Giscard d'Estaing avait promis de gouverner sobrement et simplement. On se souviendra que M. Mitterrand, qui s'était opposé plus que quiconque aux institutions de la Vème République – à l'exception de Pierre Mendès France – les a utilisées sans vergogne pour satisfaire les appétits de pouvoir qu'il avait si bien dénoncés dans Le Coup d'Etat permanent. On se souviendra d'une de ses déclarations selon laquelle, pour dangereuses qu'elles fussent dans leur essence, il n'avait pas eu besoin de changer les institutions, qui ne l'étaient pas avec lui car il les utilisait sagement, mais qu'elles devraient quand même l'être après lui, etc. – je cite de mémoire, si un lecteur retrouve la citation exacte, mille remerciements…

Beaucoup de promesses sont destinées aux seuls gogos qui voudront bien les prendre pour bon et bel argent. Voilà qui ne départage pas les candidats à mes yeux, et c'est tant mieux. Il faut relire les récents ouvrages consacrés à M. Mendès France pour se souvenir de la faiblesse des gouvernements de la IVème République et de l'humiliation que représentait les interventions permanentes dans les tractations parlementaires des trois hommes clés de la politique française qu'étaient l'ambassadeur des Etats-Unis, l'ambassadeur de Grande-Bretagne et l'ambassadeur de ce qui est devenu la Russie.

Une équipe

M. Sarkozy a une équipe autour de lui, composée de femmes et d'hommes d'expérience. S'il gagne, cette équipe constituera le noyau de son gouvernement. Parmi les amis de longue date et les ralliés plus récents, on trouve des femmes et des hommes qui ont démontré leur capacité à défendre des idées et conduire des réformes, dont au moins deux ou trois premier ministrables, ce qui n'est pas rien. On compte même, dit-on, quatre jeunes Turcs qui se verraient bien présidents de la République au tour prochain, ou d'après.

Il y a peu de doute que M. Sarkozy aurait l'autorité et l'habileté nécessaires pour former et diriger un gouvernement fort, même composé de femmes et d'hommes forts. Ses déclarations sur le calendrier imposé aux réformes par le quinquennat augurent bien de sa capacité à rythmer le travail de l'équipe qu'il constituerait. M. Sarkozy élu aurait-il une majorité au Parlement ? On peut raisonnablement penser que les législatives lui donneraient une majorité à l'Assemblée et que le Sénat ne lui serait pas hostile. Tous les calculs précédents du style "élisons M. Mitterrand, ou M. Chirac, et envoyons dans la foulée une chambre hostile qui le contrôlera" ayant été controuvés, on ne voit guère d'obstacle de cet ordre sur la route de M. Sarkozy.

Avec Mme Royal, les choses sont moins nettes.

A-t-elle une équipe autour d'elle ? Elle a une multitude de courtisans et partisans qui, à ce jour ne constituent pas une équipe soudée. Les candidats pour occuper les places ne lui manqueront pas.

Qui retiendrait-elle si elle était élue ? Quelques éléphants au risque de donner une allure ringarde à son équipe ? On en doute. Prendrait-elle le parti de M. Zapatero, qui a constitué une équipe mixte à 50%, dont bon nombre de primo-accédants à la fonction de ministres ? On peut le penser. On se souvient des déconvenues de M. Juppé puis de M. Jospin qui avaient constitué des équipes trop inexpérimentés ; on sait les déboires actuels de Mme Bachelet au Chili. Ceci dit, il n'y a pas trop grande matière incertitude : il y a de jeunes anciens ministres socialistes à qui elle donnera leur chance et il y a certainement des jeunes talents à découvrir.

Comment gouvernerait-t-elle ? On se souvient du battage fait autour du processus démocratique d'élaboration de son programme "à l'écoute des Français". Le processus suivi ne semble pas avoir été finalement celui qui avait été prévu – improvisation mise à part. Le résultat n'a pas été aussi révolutionnaire que la méthode. On a en tête ses idées de contrôle citoyen des élus mais on a aussi en mémoire quelques témoignages assez concordants sur la manière dont elle a exercé le pouvoir ici et là, au ministère de l'Education et en Poitou-Charentes. A voir la manière dont elle conduit sa campagne, dont elle a mis M. Montebourg au pain sec pendant un mois et dont elle a exécuté M. Besson, tel ou tel courtisan serait bien avisé de ne pas prendre ses espérances pour des réalités. De leur côté, les citoyens pourraient craindre qu'elle ne rallie pas à elle toutes personnes de qualité dont elle aurait besoin.

Si elle était élue, Mme Royal gouvernerait en autocrate. Elle aurait l'onction du suffrage universel. Gageons qu'elle tomberait du côté où elle penche – autoritaire. Guère plus que M. Sarkozy, qui a cependant sur elle l'avantage d'avoir mieux su rassembler les talents et les expériences.

Avec M. Bayrou, c'est le saut à l'élastique.

M. Bayrou n'a pas d'équipe. Il a quelques partisans de qualité, dont certains ont assurément tort, je le leur dis en toute amitié, de choisir des pseudonymes collectifs parmi des héros antiques morts d'avoir échoué. Pour l'instant, il est bien en peine de rallier les soutiens d'hommes d'expérience – cela changerait s'il était élu, mais tant qu'on y croit pas vraiment…

Sans doute à tort, je ne suis pas trop impressionné par ceux qui disent qu'il n'aurait pas de soutien parlementaire Les prévisionnistes ont toujours tendance à prolonger le passé dans l'avenir. Or l'élection de M. Bayrou serait une véritable rupture politique, à gauche comme à droite, un échec en rase campagne pour Mme Royal, M. Hollande et les socialistes, dont c'est un peu le tour dans notre régime d'alternance, et un échec personnel destructeur pour M. Sarkozy.

Gardons à l'esprit que la candidate du PS, comme celui de l'UMP se sont imposés à leur parti contre le vieux fond des ténors et des apparatchiks. Le nombre des élus et des militants de l'un et l'autre bord qui se débarrasseraient volontiers de leur candidat est important. Le nombre des députés de chacun des deux bords qui accepteraient de prendre sinon l'étiquette présidentielle, du moins un maillot bicolore, proche de zéro aujourd'hui, serait susceptible de croître assez vite au lendemain de l'élection de M. Bayrou. Et puis, grâce à la Constitution, le président élu a plus d'une corde à son arc : la possibilité de ne pas demander à son gouvernement d'engager la question de confiance devant l'Assemblée, la possibilité de proposer un référendum, par exemple sur l'introduction de la proportionnelle en grandeur réelle, le droit de dissoudre l'Assemblée, etc.

Ce qui manquerait à M. Bayrou, c'est le temps pour la manœuvre. Avec le quinquennat, il faut lancer les réformes dans les deux premières années, gérer leur application dans les deux suivantes et préparer la suite. Avec M. Bayrou, nous risquons de perdre les deux premières années à faire éclater le système bipolaire avant de voir le lancement des premières réformes. Avons-nous le temps de différer ces réformes ? Avons-nous l'espoir que ces réformes vaudront le coup d'attendre ?

J'ai donné précédemment un exemple la malléabilité de M. Bayrou, à propos de la réforme de l'impôt sur la fortune – de l'intention d'en faire un impôt sur les patrimoines à la résolution finale d'en épargner les détenteurs d'œuvres d'art, d'entreprises, sans parler des terres agricoles et des forêts possédées par les descendants des croisés… Nous ne sommes donc guère assurés que le temps perdu sera rattrapé.

La situation du pays ne se prête pas à un gouvernement trop systématiquement opportuniste. Il ne suffira pas d'aller d'arbitrage en arbitrage, au gré de majorités parlementaires et des sondages successifs. M. Bayrou a sans doute raison de dire que nous devons sortir des politiques convenues de la gauche et de la droite des douze dernières années. Il a sans doute raison de préconiser des réformes qu'il faudrait concevoir avec audace et conduire avec ténacité. Son expérience ministérielle passée n'est pas tout à fait en ligne avec son discours.

L'expérience du pouvoir

C'est la beauté de la démocratie et de l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel : chacun des trois candidats partage cette qualité avec les autres d'avoir su s'imposer à son camp et, déjà, à une large partie de l'opinion. Chacun a su s'affirmer à son propre parti et le conquérir. Elu(e), saurait-elle, saurait-il pour autant gouverner ?

L'histoire apporte un début de réponse.

Qui se souvient du passage de M. Bayrou au ministère de l'Education ? Qui pourrait citer une mesure qui a marqué son passage ?

Mêmes questions pour Mme Royal. Qui peut citer une seule mesure prise par Mme Royal lorsqu'elle était ministre de l'Environnement (à partir de 1992) ? Comment expliquer qu'elle ait été ultérieurement rétrogradée d'un poste de ministre de plein exercice à un poste de ministre déléguée à l'Enseignement scolaire – un poste de débutant, en somme ? Alors qu'on l'a vue serrer la main d'une personne handicapée dans une émission de télévision, qui peut citer une seule mesure qu'elle aurait prise entre 2000 et 2002, alors qu'elle était ministre déléguée à la Famille, à l'Enfance et aux Personnes handicapées ? Qui a été l'auteure de la grande loi sur les personnes handicapées des trente dernières années ? Mme Royal ou Mme Marie-Anne Montchamp ?

Des trois candidats, M. Sarkozy est celui dont l'expérience est le meilleur garant de l'application de sa propre politique. On ne discute ni sa capacité de définir une vision à long terme, ni sa ténacité, ni sa capacité de négocier pour obtenir l'essentiel, ni sa volonté d'aboutir.

Au chapitre de la conduite de la réforme, M. Sarkozy l'emporte haut la main sur ses adversaires.

M. Sarkozy annonce un programme clair et il annonce que s'il est élu, il l'appliquera. Il ne promet pas d'abandonner les pouvoirs dont il aurait besoin pour appliquer son programme. Il a su réunir une équipe qu'il domine sans conteste. Il a expliqué la manière dont il mènerait les réformes dans le temps d'un quinquennat. Au cours d'une expérience gouvernementale suffisamment longue et diversifiée, il a montré qu'il savait allier la force de la conviction dans la période de conception de la politique et la souplesse dans l'exécution.



La malléabilité de M. Bayrou, qui fait son charme pour certains, commence hélas trop en amont, dès la période de conception de sa politique. Elle peut faire douter qu'avec lui la France aille dans la bonne direction, pour autant qu'elle aille dans une direction quelconque. En même temps, l'homme a su faire preuve d'une constance rare dans le monde politique, et encore plus rare chez les centristes, dans son opposition à M. Chirac. Et on le sent à la fois assez conscient de sa valeur et assez roublard en même temps pour ne pas se laisser conduire n'importe où.

Mme Royal n'est certes pas malléable. Diane chasseresse des temps modernes, elle a su conquérir son parti. Si elle conquérait demain la France, saurait-elle la gouverner ? La réponse n'est pas évidente. Sans doute tenterait-elle de conduire le pays dans une direction. Laquelle ? C'est encore difficile à dire. Et avec quel équilibre entre la fermeté dans les convictions et la souplesse dans l'exécution ? C'est encore plus incertain. On ne la sent pas trop pragmatique. La prochaine fois, dans cinq ans, peut-être ? Sinon, la fois d'après. Il faut laisser le temps au temps…

Le passé n'est pas totalement garant de l'avenir. M. Truman fut révélé par son accession à la présidence des Etats-Unis. L'élection de l'une ou de l'autre révélera-t-elle une personnalité de chef d'Etat ? Ce sera l'objet de notre dernier billet avant le premier tour.