Il est traditionnel d'opposer les salariés du public et du privé. Une telle séparation se justifie par des éléments de différenciation tangibles (les régimes sociaux par exemples), et par d'autres plus abstraits, comme la conception de l'objectif des travaux (intérêt général vs. actionnariat). Mais cette présentation schématique peut être néfaste lorsqu'elle cristallise les individus dans l'une ou l'autre des catégories.

Au contraire, entreprises comme administrations, salariés du régime privé comme fonctionnaires auraient à gagner d'une densification des passerelles entre les deux mondes. Dans un contexte où l'environnement professionnel évolue vite et parfois de façon imprévisible, la connaissance de plusieurs cadres de travail est un atout pour l'employeur.

Les envies existent de part et d'autre. Chez beaucoup de salariés du privé existe une vraie curiosité pour les sujets publics. Cet intérêt n'est pas toujours synonyme de vocation ; aussi la plupart, freinés par le processus contraignants de recrutement de l'administration laissent leur curiosité à l'état de projet. Un développement de la contractualisation sous des formes attrayantes permettrait d'attirer de nombreux candidats valables à l'exercice ponctuel de responsabilités publiques.

Toutes choses égales par ailleurs, les éventuels flux de salariés du privé vers le public devront bien évidemment être compensés par des flux inverses. Même sans remettre en cause le postulat d'un droit à vie de l'emploi chez les fonctionnaires (ce qui pourrait bien entendu faire l'objet d'un débat, mais ce n'est pas l'occasion), il existe peut-être des solutions.

L'une d'entre elles, à risque de déploiement quasi-nul, consisterait à améliorer l'information et les "incitations mentales" à déployer des fonctionnaires dans les entreprises capitalistiques. Aujourd'hui, la gestion des ressources humaines par l'Etat employeur ne laisse que peu de place à la simple idée de quitter la fonction publique. Pourquoi ne pas envisager un système où le contrat d'un fonctionnaire serait à durée limitée, avec une garantie écrite de reconduction à sa demande ? La procédure de renouvellement, supposant ainsi une initiative volontaire de la part des fonctionnaires, occasionnerait pour chacun une réflexion périodique et en profondeur sur ses aspirations professionnelles. Peut-être que cette simple réflexion provoquée pourrait aboutir à la conclusion qu'une expérience dans le secteur privé serait attractive. C'est sur un mode comparable que s'organisent, avec succès, le recrutement et la gestion d'une partie des officiers de l'armée.

Parallèlement, une communication plus active d'anciens du public ayant franchi le pas de l'engagement dans le privé démontrerait la faisabilité et l'intérêt d'une transition réussie.

Les métiers concernés par ces éventuelles substitutions sont nombreux. Il existe d'abord moult fonctions strictement superposables dans l'administration et dans la sphère privée : comptables, informaticiens, chargés de communication, responsables de paie, acheteurs… ont des compétences transversales dont le champ d'application n'est pas cloisonné. Mais une réforme plus ambitieuse pourrait certainement élargir le périmètre des responsabilités concernées. Un professeur par exemple aurait certainement moyen de développer sa pédagogie dans d'autres cadres que celui de l'éducation nationale. Inversement, un ingénieur ayant utilisé de façon récurrente les applications de disciplines scientifiques pourrait se révéler un enseignant remarquable. Les exemples sont multiples. Ils supposent pour être mis en œuvre un effort d'agilité et d'imagination de la part de l'administration publique.

Les élections imminentes donneront une première occasion aux hommes politiques de montrer - ou non - leur foi en système où public et privé pourraient créer des synergies. Une ouverture plus large des cabinets ministériels à des cadres non fonctionnaires serait un premier signal révélateur et prometteur…