Dans un billet précédent, je m'interrogeais sur la capacité à développer de l'économie de la connaissance dans notre pays sans accepter la mise en œuvre de gains de productivité, et ce notamment dans la flexibilité du Code du travail. Je m'interrogeais également sur une certaine forme de naïveté dans la présentation de cette nouvelle "nouvelle économie" et de son caractère violent d'un point de vue socio-économique. La sortie d'hier de Madame Royal dans une grande surface a malheureusement apporté la sinistre illustration de mon propos.

Madame Royal a donc fait ses courses dans un supermarché ; elle a dénoncé "la logique d'élimination des salariés" par le secteur de la grande distribution.

En effet, elle semblait découvrir qu'effectivement, il existait désormais des caisses automatiques et que cela générait des gains de productivité. Diable ! Il convient pourtant de préciser que celles-ci ne sont pas encore le résultat de la mise en pratique des puces RFID (Radio Frequency IDentification), substitut imminent aux bons vieux codes-barres, qui surtout vont permettre de réaliser à l'horizon du terme du prochain mandat présidentiel des gains de productivité formidables de l'ordre de un pour deux, soit environ 200 000 emplois en jeu et pour la plupart faiblement qualifiés. Une expérience grandeur nature de la destruction créatrice en quelque sorte. De même qu'en 1995, aucun des candidats n'avait parlé de l'Internet et des conséquences socio-économiques, ce qui vu d'aujourd'hui peut sembler hallucinant, en 2007, personne n'a expliqué que dans les cinq à dix prochaines années, le rythme de diffusion des technologies allait encore s'accélérer et modifier en profondeur certains secteurs, et que l'industrialisation des métiers de services serait probablement un sujet majeur.

En conclusion, cette sortie de Madame Royal démontre la duplicité d'un discours qui consiste à prôner l'émergence d'une économie de la connaissance sans préciser de quelles connaissances il s'agit et surtout sans en assumer les conséquences. Car vouloir refuser aux grands opérateurs de la distribution de mettre en œuvre les gains de productivité grâce à l'appropriation de nouvelles technologies, cela conduit à bloquer in fine le développement et l'exploitation de celles-ci en France et des emplois associés ; cela amènera également à renforcer le mouvement de la "vie chère" et à moyen terme à rendre ces groupes moins performants et moins rentables que leurs concurrents étrangers tel que Wal-Mart et qui pourront dès lors en prendre le contrôle. Bref, tout ce dont Madame Royal dit ne pas vouloir.