Tous les candidats à la présidentielle parlent des rapports sociaux. Ils le font le plus souvent en voulant les réformer dans le secteur privé. Mais ils évoquent rarement les relations humaines dans le secteur public. Or elles y sont généralement inexistantes.

Certes il existe des services d'Etat ou des établissements scolaires ou hospitaliers dans lesquels, grâce aux qualités d'un directeur, les rapports humains sont pris en considération. Mais quand on examine les études réalisées sur le degré de satisfaction des fonctionnaires dans leur travail, on est surpris des réponses. On constate ainsi que c'est dans l'Education nationale que les cas de stress sont les plus nombreux en France. En revanche les statistiques démographiques montrent que l'espérance de vie est plus longue pour ses membres que dans la plupart des catégories de salariés. Ce n'est donc pas l'effort physique qui est en cause.

Le responsable du malaise dans le secteur public, c'est le système. Dans la fonction publique, le statut protège l'emploi. Voilà un facteur qui devrait favoriser un bon climat social, même quand des réformes sont nécessaires. Alors pourquoi autant de défilés et grèves pour protester contre n'importe quoi ?

S'agit-il des rémunérations ? Elles sont souvent supérieures – pour les emplois de base ou moyens – à celles du privé pour les mêmes catégories. Certes chacun aspire à accroître ses moyens, mais les rémunérations du public ne tombent pas du ciel. Elles sont liées aux ressources de l'Etat et des collectivités publiques qui dépendent elles-mêmes des impôts donc de la marche de l'économie. Si celle-ci est mauvaise, le plus de revenus des uns est prélevé sur les ressources des autres.

S'agit-il de retraites ? Celles du secteur public donnent lieu pour l'heure à moins de cotisations que celles du privé. Qui plus est des régimes dits spéciaux dont le financement pourrait poser problème sont directement ou indirectement maintenus grâce au soutien du "régime général". Autrement dit la retraite d'un employé qui entre en retraite à 55 ans est garantie par des employés souvent moins bien payés qui la prendront à 57 ou 60.

S'agit-il des conditions de travail ? Vu de l'extérieur elles semblent bonnes. Mais dans bien des cas les personnels du public peuvent avoir le sentiment qu'ils sont des numéros interchangeables. Dans les entreprises privées il existe des services "du personnel". Ils ne sont pas parfaits, mais à tout le moins il existe une forme plus ou moins réussie de dialogue. Dans le domaine public, la notion même de direction des ressources humaines est absente par nature. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que les syndicats remplissent les vides et que pour obtenir un changement de poste, par exemple, on ait plus de chance d'être entendu par un représentant syndical que par un chef de service.

Des changements sont en cours, mais lentement, avec la mise en œuvre de la Lolf (loi organique relative aux lois de finances, élaborée par les représentants de gauche comme de droite). Elle a pour ambition une meilleure maîtrise des comptes publics et une affectation budgétaire par objectifs, ce qui suppose évidemment des objectifs clairs expliqués à ceux et celles qui sont chargés de les atteindre. Les dépenses ne se renouvelleront plus automatiquement. Certains services n'ont plus de raison d'être. D'autres au contraire apparaissent nécessaires. Cela exige une certaine souplesse dans l'affectation des moyens. Des pays comme la Suède ont décidé pour y parvenir de multiplier des agences autonomes mais responsables de leurs résultats donc avec des "managers" capables d'associer les personnels à l'action.

On n'en est pas encore là en France. Par exemple au moment où tout le monde ou presque constate que les universités françaises sont loin d'être au niveau mondial alors qu'elles ne manquent pas de talents et de bonnes volontés, dès qu'on suggère qu'en adoptant des règles de management comparables à celles des grandes écoles ou des universités anglo-saxonnes, on crie au scandale ou, pire, à "l'américanisation". Pourtant les enseignants savent qu'ils auraient de meilleures chances d'épanouissement et les étudiants de meilleurs promesses d'avenir.

Au-delà de ces constats il faut rappeler, puisqu'il s'agit ici de "social", que toute politique sociale d'ensemble doit tendre à éviter l'inégalité profonde qui caractérise la société française, à savoir la césure entre celles et ceux qui vivent dans l'univers de la compétition et celles et ceux qui sont "protégés". Pour la réduire il faut que les responsables politiques mènent une politique où le social n'ignore pas les réalités économiques et où, avec l'appui des fonctionnaires, le management de la fonction publique (à inventer dans bien des services et dans le fonctionnement gouvernemental lui-même) contribue à renforcer la position économique de la France, et par conséquence, ses moyens sociaux. Certains ou certaines préconisent l'inverse. C'est le vieux débat entre le réalisme et la démagogie.