Par Nicolas Vanbremeersch[1]

1 150 : c'est le nombre de jeunes filles, pour la plupart, qui, en France, portent le prénom "Paloma", d'après plusieurs sites fournissant ce genre de statistiques dont l'internaute est souvent friand. On y découvre aussi l'existence d'une petite mode Paloma dans les choix des prénoms donnés en France : 244 Paloma seraient nées en 2003, contre à peine une dizaine il y a dix ans.



Pour autant, et jusqu'à lundi dernier, ce prénom n'était pas souvent cité dans les discussions des blogueurs – entre une et cinq fois par jour, et souvent à propos de Paloma Picasso. Lundi, il s'est subitement trouvé cité plus de deux cents fois : il est vrai que c'est le nom que porte le désormais célèbre yacht de Vincent Bolloré, sur lequel Nicolas Sarkozy est allé "prendre la mesure de la gravité" des charges qui pèsent désormais sur ses épaules. Paloma n'est évidemment pas le seul mot à bénéficier de cet effet d'aubaine dans les discussions des internautes : le Fouquet's, la place de la Concorde, et , dans une moindre mesure, Mireille Mathieu ou Gilbert Montagné ont d'un coup fait leur apparition en tête dans les échanges entre blogueurs.

Du coté des supporters de Nicolas Sarkozy et des blogs de militants de l'UMP, la fête de la Concorde éclipse tout. Sans surprise, on les voit peu s'émouvoir du voyage en première classe de leur champion : une grande majorité des blogs de droite en est encore à célébrer les résultats du 6 mai, et ignore, volontairement, la polémique. Le seul sujet d'indignation est celui des "casseurs" qui opposent leur violence à l'élection du candidat.

Dans de nombreux espaces, pourtant, le sujet crée l'émoi. Les termes de la contestation sont multiples, mais c'est bien l'indignation qui domine, surtout dans les blogs militants de gauche : Clémentine Autain voit dans cette croisière "quelque chose d'indécent, au vu de la crise sociale qui ravage la France, et dont Sarkozy avait fait l'un de ses principaux sujets de campagne". La question du "qui paye ?", soulevée par François Hollande, est globalement peu évoquée.

Rares sont les blogueurs qui mènent l'enquête sur les liens entre le groupe Bolloré et le nouveau président. L'un d'eux, Guillaume, sur another blog in the world, pose malgré tout la question  : "comment garantir la neutralité de l'Etat quand son (futur) Chef est à ce point proche de celui d'un groupe présent dans des secteurs aussi peu neutres que l'énergie ou les médias ? Comment garantir cette neutralité dans le cadre des contrats passés entre le groupe Bolloré et les administrations publiques ?". Quand, lors d'une interview, Nicolas Sarkozy insiste sur le fait que le groupe Bolloré "n'a jamais travaillé avec l'Etat", notre blogueur se contente d'aller sur le site dudit groupe, pour publier des preuves du contraire.

Pour le reste, l'ironie et la satyre prévalent, comme sur le faux blog de François Mitterrand, qui distille au fil de la campagne des analyses imaginaires et fort bien renseignées du président décédé. Notre ancien président relève ainsi, en quelques phrases lapidaires que "son prédécesseur aimait les diamants, mais il ne les portait pas. Les mœurs évoluent" ; il pense également avec sollicitude "au personnel du palais de l'Elysée, qui redoutait autrefois les manières de Roger Hanin, et qui va devoir se faire à un genre jusque-là inusité", et multiplie les petites piques sur le style "nouveau riche" du président. Ces piques trouvent un écho certain dans la blogosphère : le terme "nouveau riche" y a été quatre fois plus utilisé lundi que les autres jours !

Ce faux François Mitterrand notait d'ailleurs, il y a un mois, le retour de Bernard Tapie sur le devant de la scène, avec ces mots aigre-doux : "Tapie poussait même le sens de l'hospitalité jusqu'à héberger un journaliste sur son yacht, "Le Phocea". Ce sont ces petits détails qui me plaisaient chez Tapie ; il osait tout, partout, et surtout, j'étais intrigué (certains de mes collaborateurs vous diront même que j'étais fasciné, mais ils exagèrent) par son appétence pour l'argent facile et tout ce qu'on me rapportait sur lui à ce sujet".

Les présidents passent, les styles changent, mais des éléments de l'agenda - yachts, mœurs, impacts du mode de vie sur les fonctions - demeurent...

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net)