A l'occasion de la remise du prix du Meilleur jeune économiste 2007, décerné par Le Cercle des économistes et Le Monde, trois lauréats des années précédentes lancent un appel à M. Sarkozy pour qu'il renonce à trois mesures phares sur lesquelles il a été élu. M. Etienne Wasmer, professeur à Sciences Po, lui demande de renoncer à la déductibilité des intérêts d'emprunts immobiliers car "dans le timing actuel, c'est une mesure qui va contribuer à augmenter la demande de crédit, et donc à soutenir les cours". M. Pierre Cahuc, professeur à l'université Paris I, recommande de ne pas défiscaliser les heures supplémentaires car "si on défiscalise, un problème saute aux yeux : on pourra déclarer des heures fictives supplémentaires". En outre, l'effet sur le pouvoir d'achat ne serait "pas du tout évident" ; il conviendrait plutôt de "protéger les salariés contre les horaires abusifs". M. Pierre Cyrille Hautcoeur, directeur d'études à l'EHESS, suggère au nouveau président de renoncer à la quasi-suppression des droits de succession parce que, notamment, cela "améliore la situation de gens dans la meilleure position (…) Il est plus efficace de transmettre du capital humain par la formation ou l'investissement dans le capital des entreprises".

Rapportant ces prises de position, Les Echos raillent doucement nos jeunes économistes en concluant : "Si Nicolas Sarkozy suit ces préconisations, il peut partir en vacances en juillet". Mais le compte rendu qu'en fait le quotidien économique est trop sommaire pour ouvrir un débat sérieux. Dommage…

Dommage car au moment où nous allons sortir de la période des promesses – n'oublions pas les législatives – et entrer dans un cycle de décisions accélérées, la démarche des jeunes économistes est salutaire : mieux vaut renoncer à une intention mal conçue que de persévérer dans l'erreur. Si un lecteur trouve un lien qui permette de revenir sur ces trois sujets à partir des contributions de MM. Wasmer, Cahuc et Hautcoeur, qu'il nous l'indique !

En attendant, une réaction à chaud de "vieux" consultant à ces jeunes économistes – qui est juste un commentaire de méthode. Le débat serait d'autant plus intéressant qu'on pourrait dépasser la première opinion des uns et des autres et progresser "one step further".

Je m'explique : il y a du bon dans chacune des trois propositions de M. Sarkozy, et du mauvais. Recommander purement et simplement leur abandon sous prétexte qu'il y a aussi du mauvais, c'est quand même faire un peu injure aux experts – d'autres économistes, sans doute jeunes eux aussi – qui ont convaincu le candidat d'adhérer à ces idées comme aux électeurs qui les ont validées. Ne vaudrait-il pas mieux réfléchir aux conditions dans lesquelles ces mesures pourraient être discutées et mises en place pour exploiter tout ce qu'elles peuvent avoir de bon et minimiser leurs effets négatifs ?

Par exemple, ne prévoir la déductibilité des intérêts d'emprunts immobiliers qu'à condition de prévoir parallèlement les mesures qui permettront d'augmenter l'offre de logements neufs ; ne défiscaliser les heures supplémentaires que dans le cadre de la négociation qui va s'engager sur la réforme du contrat de travail ; ne réduire les droits de succession que dans le cadre d'une réflexion d'ensemble portant sur la taxation des actifs.

Qui donc peut nous aider à retrouver les contributions de MM. Wasmer, Cahuc et Hautcoeur ?

PS (posté le 23 mai) :
Un mot d'excuse à l'adresse de nos trois économistes sur la présentation erronée que j'ai faite de leurs interventions à l'occasion de la remise du prix du meilleur jeune économiste 2007. Etienne Wasmer me demande de préciser - ce que je fais bien volontiers - qu'en aucun cas, ses deux collègues et lui-même n'ont été présomptueux au point de "lancer un appel" (comme je l'avais écrit). Il ajoute : "La réalité est plus simple que cela. On nous a demandé de nous préter à un exercice en public, ce que nous avons fait avec sincérité et en en mesurant les implications". Il a d'ailleurs raconté toute l'histoire sur son blog, et j'invite nos lecteurs, et en particulier ceux qui critiquent le plus les économistes, à se reporter à ce billet plein d'humour.