Sans surprise, le consortium d'industriels de Galileo n'ont pas pu se mettre d'accord pour signer le contrat de concession avec la Commission européenne à la date butoir du 10 mai. Jacques Barrot, Vice-président de la Commission en charge des transports, a donc recommandé le 16 mai une remise à plat complète du programme, avec un financement de l'infrastructure à 100% publique ; l'exploitation du système sera confiée à un concessionnaire privé. Son porte-parole a déclaré : "aucun projet comme Galileo n'a jamais été financé avec de l'argent privé. Il n'est donc pas étonnant que les autorités publiques se chargent de construire la totalité de l'infrastructure." Pourquoi donc avoir attendu aussi longtemps pour prendre conscience de cet échec du partenariat public-privé avec un montage aussi bancal ? Rappelons que le financement du projet devait être assuré par l'Union européenne (30%) et un consortium réunissant huit industriels (70%).

Fallait-il tout simplement abandonner le projet, comme le recommandait The Economist la semaine dernière ("Lost in space") ? L'hebdomadaire britannique compare Galileo à un "EADS dans l'espace" et ne voit pas l'intérêt de poursuivre cette "création politique fondée sur des vanités nationales plutôt que sur une logique commerciale (…) les seules raisons de poursuivre le projet sont l'orgueil politique, la politique industrielle ou des craintes paranoïaques de sécurité nationale." La critique est acerbe et serait (presque) juste, à quelques détails près : par exemple remplacer "orgueil" par "ambition politique" et "craintes paranoïaques" par "politique de sécurité européenne". La Russie (Glonass) et la Chine (Beidou-Compass) ont bien compris l'intérêt à disposer elles aussi d'un système autonome des Etats-Unis. En vérité, comme l'écrit Jacques Blamont dans ''Le Monde'', pour faire accepter le projet aux Etats-membres les plus atlantistes, l'UE a fait semblant d'afficher un projet strictement civil à vocation commerciale financé par le privé. Mais il est évident que l'aspect stratégique de Galileo est crucial pour une Europe indépendante. C'est ce que rappelle Jacques Barrot dans son communiqué du 16 mai : "L'Europe a besoin d'un système de radionavigation par satellite européen comme infrastructure essentielle pour assurer des applications cruciales comme le contrôle des frontières, les logistiques de transport, les opérations financières ou encore la surveillance des infrastructures critiques d'énergie et de communications …/…(Galileo) porte aussi les ambitions européennes en matière de politique d'espace, de technologie et d'innovation."

Il faut donc regretter le temps (cinq ans de retard !), l'énergie et l'argent perdus à concilier l'inconciliable et saluer le retour du bon sens dans ce dossier : un chef de file (l'UE, via l'Agence Spatiale Européenne), l'acceptation de débouchés militaires pouvant générer des revenus supplémentaires, la réaffirmation du caractère stratégique de cette infrastructure, au même titre qu'Ariane par exemple.

L'UE devra financer 2,5 milliards d'euros supplémentaires d'ici à 2013, ce qui représente environ 300 millions d'euros par an, soit en provenance des Etats membres, soit par contribution directe de l'UE. La prochaine réunion des ministres des transports les 7 et 8 juin devrait permettre de débattre du sujet mais rien n'est joué : la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas ont toujours estimé que le GPS américain suffisait…