A propos de problèmes d'Airbus (partie importante du groupe EADS), Olivier Dassault rappelait l'autre jour sur LCI qu'une entreprise complexe, résultat d'engagements de plusieurs acteurs publics et privés, ne peut réussir qu'avec une unité de direction. Il a raison.

On peut étendre l'affirmation à d'autres cas de figure. Mais commençons par Airbus. Le projet était, et est toujours, de ne pas laisser aux firmes américaines, et notamment Boeing, le monopole des gros porteurs de la construction aéronautique. Il a été personnifié par Jean-Luc Lagardère, qui outre ses talents d'industriel, avait l'art de mettre des interlocuteurs très variés dans sa poche.

Lui disparu et l'unité européenne ayant été secouée par le "non" français, le montage élaboré fait apparaître ses faiblesses. D'abord on marie des actionnaires privés et publics. A la limite on peut admettre deux actionnaires publics ou plusieurs actionnaires privés. Mais le mélange d'Etats et d'entreprise est mauvais. Nous sommes tous européens, dira-t-on. Mais chaque Européen se veut plus Européen que l'autre. L'entente à la tête n'a pas duré. Un coq de combat appuyé par le gouvernement français a voulu s'imposer à tous. Il a cru commander. Ce n'était pas vraiment le patron. On construit un avion mais les normes électriques ne sont pas les mêmes dans les usines françaises et allemandes. Où est le chef ?

Nous en sommes au ramassage des morceaux. Si on confie le travail à un comité, on donnera raison au dicton "un cheval dessiné par un comité devient un chameau". Qu'il y ait beaucoup de consultations et de discussions, soit. Mais à un moment donné, il faut bien qu'un responsable se dégage et soit confirmé, accepté par tous les acteurs ou imposé à eux s'il le faut. Si en plus une volonté réellement européenne réapparaît – balayant les obstacles – on pourra espérer une relance sérieuse du projet. Sinon, bonjour les dégâts.

La leçon vaut en d'autres domaines. Il est beaucoup question en France de réformes et de concertation, notamment avec les syndicats. Bien. Il en faut. Mais bien des changements annoncés relèvent de l'intérêt général. Il est vrai que bien des milieux s'en disent porteurs. Il n'en demeure pas moins que l'intérêt général relève de la synthèse politique et non de l'action de ceux des groupes d'intérêts particuliers qui crient le plus fort.

Après des réunions, des tensions, des discours et des va et vient, il faut bien s'il n'y a pas de consensus que quelqu'un décide, si on veut vraiment réformer. Ensuite il faut que l'opinion, ou les opinions, acceptent la solution et ne cherchent pas aussitôt à la torpiller dans les méandres qui conduisent à son application. Qui donc disait que "la guerre était un art tout d'exécution" ?

On rétorquera que des mesures prises ainsi ont conduit à des mauvais résultats, ainsi les 35 heures. Mais elles ont été admises, à contrecœur, parce que tous ceux qui en voyaient les dangers n'étaient pas audibles n'ayant pas réussi à convaincre avant. Pensant au rôle et à l'avenir de l'entreprise en France, où son image reste singulièrement écornée, il est essentiel que toutes celles et tous ceux qui croient à la nécessité de réconcilier les Français et l'entreprise doivent s'en occuper tous les jours et que quelques-uns ne sabotent pas l'effort de tous en s'abritant derrière des parachutes dorés.