Le Président Sarkozy a levé un tabou lors de cette campagne : on peut désormais être républicain tout en parlant immigration. J'ai la profonde conviction que les acteurs de la démocratie sociale doivent à leur tour s'emparer de ce sujet, et en premier lieu, les organisations patronales.

Si j'ai bien compris et pour résumer, la mission principale du nouveau ministère de l'Immigration est de réorienter les flux migratoires vers une immigration du travail, car celui-ci est le meilleur vecteur d'intégration. Dont acte.

Dans le même temps, il faudrait reconnaître que les autorités reconnaissent le besoin de ces flux pour ses propres besoins économiques ou tout au moins acceptent d'ouvrir de façon transparente ce débat. En effet, le marché du travail est notamment confronté à deux phénomènes particulièrement pénalisants : (i) un nombre d'offres d'emploi non pourvues historiquement très élevé (entre 300 000 et 500 000 selon les estimations) et (ii) une diminution désormais concrète de la population active, liée au vieillissement de la population. Sans être un grand mathématicien et même si notre pays présente un profil démographique plus favorable que nos voisins, il semble évident que, outre la fluidification du marché du travail ou des incitations du retour à l'emploi, l'immigration fera partie du panel de solutions à mettre en œuvre pour maintenir une croissance dynamique sur notre territoire national. Reste à le calendariser et à le chiffrer …

Pas de qualité sans quantité

Outre le fait que les entreprises doivent s'emparer de ce débat et sans connaître les résultats d'une enquête permettant de chiffrer et de préciser plus concrètement leurs besoins, j'ai une seconde conviction profonde. Il ne sera pas possible d'avoir une immigration de qualité sans faire de la quantité. Comme pour tout marché, la notion de liquidité est essentielle. Comment ne pas constater que la notion de vagues est au cœur même des phénomènes migratoires qui ont réussi. Comment ne pas constater que les flux migratoires font l'objet d'une concurrence, notamment pour les personnels qualifiés et qu'un véritable marketing est nécessaire pour attirer les meilleurs ? Comment ne pas constater que les candidats à l'émigration – et notamment les plus qualifiés –ont besoin d'être rassurés par des dispositifs d'intégration efficaces et respectueux, dispositifs qui eux ne peuvent fonctionner qu'à la condition de franchir des seuils critiques de fonctionnement (en global mais aussi en fonction des compétences ou de pays d'origine).

Il ne s'agit pas d'accueillir des millions de personnes sur notre territoire chaque année, mais on peut imaginer qu'il faudra converger vers une immigration du travail à six chiffres plutôt qu'à quatre. A ce titre, les objectifs de ce nouveau ministère devront donc combiner quantité et qualité - qui sont semble-t-il aujourd'hui dans l'opinion divergents. Les entreprises mais aussi d'autres acteurs comme les hôpitaux ont là un rôle pédagogique tout à fait essentiel à jouer.

Combien, quoi, comment

Sans être pour autant cynique et sans oublier la dimension humaine du problème, les partenaires sociaux seront consultés à un moment ou à un autre pour définir le "combien" en tant qu'objectif global et le "quoi" en termes de qualification, notamment sur les compétences rares.

Vient enfin le "comment". Pour l'avoir testé, engager un non-Européen (ou même un citoyen issu des nouveaux Etats membres de l'UE !) qui possède pourtant toutes les compétences peut s'avérer coûteux en argent et en temps, ce qui est particulièrement préjudiciable pour les PME. Il faut donc que la mise en place de la nouvelle administration, par le rassemblement de ses compétences, se traduise par une efficacité accrue, garantie par des procédures transparentes et claires notamment sur les délais. Même si les entreprises doivent comprendre que l'immigration ne peut pas être mis en œuvre uniquement au regard de leurs contraintes, réciproquement, les pouvoirs publics et l'administration au sens large (intérieur, affaires étrangères mais aussi l'enseignement supérieur) doivent eux aussi faire évoluer le cadre juridique et les procédures pour que ne subsistent pas des barrières à l'entrée trop contraignantes pour les candidats au l'immigration mais aussi pour les entreprises.

Un appel au MEDEF et plus largement à la communauté de l'entreprise

En contrepartie, parce qu'il s'agit bien de cela dans la mesure où les entreprises et notamment certains secteurs ont beaucoup à y gagner, certaines erreurs du passé ne doivent pas se reproduire. Les entreprises doivent aussi intégrer les conséquences sociétales de ces mouvements. Une charte éthique doit être impérativement mise en place et doit notamment garantir un certain nombre de droits essentiels et spécifiques pour ces personnes - en particulier sur les problématiques de salaires à emploi équivalent (à ce titre, le cas des médecins étrangers est affligeant) ou encore sur les aides à octroyer par exemple sur des contrats saisonniers.

Nous sommes – presque – sortis de la campagne électorale. Les acteurs de la société civile retrouvent désormais un espace d'expression qu'ils avaient perdu pendant la fin de la campagne. Ces mêmes acteurs doivent également tirer des leçons des débats qui ont lieu, y compris en dehors de leurs domaines naturels d'action.

Même si le sujet de l'intégration mérite encore beaucoup d'actions et de détermination, force est de constater que les entreprises ont été parmi les premiers acteurs de la société à s'impliquer réellement dans la lutte pour la diversité et l'intégration des minorités visibles - et cela avant même les pouvoirs publics ; elles y ont d'ailleurs beaucoup gagné sur le plan de l'image.

Il doit en être de même pour le sujet de l'immigration, car si les entreprises ne s'emparent pas dès à présent de ce sujet tellement complexe et polémique, elles ne feront que subir le débat dans lequel elles seront de toute façon obligées de s'exprimer et dans lequel elles auront nécessairement de plus en plus de propositions à faire valoir.