Le troisième tour "social" ne prend pas pour l'heure l'allure d'un affrontement entre la rue et les bulletins de vote. Il s'agit au contraire de prédiscussions exploratoires pour aborder de vraies discussions sur quelques problèmes qui fâchent comme celui du service "minimum". Bien.

Admettons que les réunions et concertations annoncées débouchent sur de vrais changements, sans recours à la loi, on n'aura parcouru que le tiers du chemin pour hisser le social entendu – de manière étroite – comme étant représenté par les syndicats, au niveau des réalités économiques.

On traite trop souvent le "social" comme si nous étions encore dans une économie relativement protégée, où l'Etat joue un rôle apparent d'arbitre entre des "syndicats patronaux" et des syndicats de salariés au nombre desquels ceux des employés du secteur public sont les plus forts. Leur poids même est un problème car les salariés qu'ils représentent sont moins sensibles aux évolutions du monde qui bousculent les positions établies. Or, au-delà des accords souhaitables pour moderniser le code du travail, canaliser les revendications catégorielles (cesser de faire grève avant même de commencer à discuter) et aborder d'autres sujets d'actualité, il faudrait conduire une discussion plus large.

L'Europe entre dans une phase conjoncturelle positive. Il n'est pas certain que la France en tire pleinement avantage. En effet s'il n'y a pas de réduction réelle des charges qui pèsent sur le travail (le coût salarial est élevé alors que les salariés ont le sentiment d'être mal payés parce qu'ils ne se sentent pas bénéficiaires de tous les prélèvements opérés en leur nom) et de réduction substantielle des dépenses collectives, autrement dit les frais généraux de la nation, nous resterons à la traîne.

Sans nécessairement copier tout ce que fait l'Allemagne, regardons tout de même de ce côté-là. La société allemande était persuadée que son modèle social était exemplaire. La réunification d'une part, la montée de concurrents vigoureux de l'autre, ont fini par lui ouvrir les yeux. Ce qui marchait avant-hier était dépassé. La prise de conscience a conduit les pouvoirs publics et surtout les "partenaires sociaux" à un diagnostic lucide de la situation pour entamer un effort de relance de la compétitivité. On insiste sur l'importance du diagnostic. Si les remèdes s'appliquent à des maux qui ne sont pas ceux qu'il faut soigner on perd son temps. Les Allemands ont constaté la nécessité d'un regain de discipline dans le travail et ses horaires celle de la limitation des frais généraux du pays. Dès à présent des résultats apparaissent après deux à trois années d'action. Le déficit des dépenses de l'ensemble des administrations publiques est tombé d'une moyenne de 3,8 % du PIB en 2003 – 2005 à 1,7 % en 2006. Quant aux discussions sur le temps de travail, elles ont abouti à des perspectives de hausses de salaires. Par ailleurs l'emploi s'améliore.

Cette évolution mérite d'être prise en compte, étant admis que l'Allemagne dispose s'un atout qui nous manque : une très vigoureuse capacité industrielle dans le domaine des biens d'équipement dont elle tire profit sur les marchés des pays en croissance.

Nous avons donc à renforcer nos propres atouts industriels et de services. Cela aussi est à examiner dans le diagnostic vérité qui doit être à la base de toutes les négociations annoncées.