"Il faut poser dans sa globalité le problème de la fiscalité, de la dette et du rôle de l'Etat". C'est une déclaration du leader de la CFDT François Chérèque au Figaro du 5 juin. Il a raison. Mais il n'est pas certain que tout le monde mette derrière ces mots le même contenu.

Voici l'interprétation d'un cadre, libéral bon teint, qui paie des impôts, trop à son gré, et enrage d'avoir à sacrifier au rite de l'impôt sur la fortune qu'il appelle l'impôt de la jalousie, au demeurant l'un de ceux qui a le moins bon rendement pour les finances publiques.

La fiscalité. Il en faut. Pour le fonctionnement de l'Etat, des collectivités diverses, pour opérer une redistribution sociale. Mais les contribuables sont en droit de se demander s'il est fait bon usage des prélèvements. Trois observations pour l'illustrer. La France est l'un des pays du monde qui emploie le plus grand nombre d'employés à statut. Leur productivité justifie-t-elle leur situation ? Le statut c'est à la fois – en France – la garantie d'emploi et le droit de grève. Les deux à la fois représentent une inégalité par rapport à tous les salariés qui n'ont pas la garantie d'emploi. On dira que les reconversions de fonctionnaires sont difficiles. La Suède y est parvenue. Elle n'est pas la seule. Pourquoi pas nous ? A cela on peut ajouter les inégalités qui subsistent en matière de retraite.

Deuxième observation : la politique de décentralisation a certainement de bons côtés. Mais si elle consiste à transformer les petites régions (car les régions françaises sont vraiment petites) en petits Etats, le risque est grand de voir leurs dépenses de fonctionnement grossir et leurs investissements dépasser leurs capacités.

Troisième observation. Les gouvernements font appel depuis les années 80 à l'esprit de solidarité en faveur de la lutte contre le chômage. Comme les recettes mises en œuvre n'ont pas supprimé le chômage, on peut se demander si les efforts déployés, toujours avec l'argent des contribuables (tout le monde l'est au travers de la TVA) n'est pas trop consacré à maintenir ou développer des "services publics" et pas assez à favoriser la rencontre des offres et des demandes d'emploi. Sans évoquer autrement qu'au passage les abus qui peuvent exister en matière d'aides, on insistera sur les inconvénients du montant des indemnités prévues pour les chômeurs, très proche des salaires de base. Il semble qu'on veuille aujourd'hui inciter plus les chercheurs d'emploi à saisir celui qui lui est proposé. Tant mieux.

Venons-en à la dette. Si elle résulte d'un surcroît d'investissement nécessaire pour réellement préparer l'avenir, elle peut se justifier. Encore faut-il qu'il s'agisse d'investissement. Mais si la dette, comme c'est le cas, résulte d'une mauvaise gestion courante, alors elle est condamnable. Il faut en plus rappeler que le vrai moyen de favoriser l'équilibre des finances publiques n'est pas d'accroître les rentrées pour se donner du "mou", mais de les restreindre pour se contraindre à la productivité. Quand les frais généraux sont disproportionnés c'est le bon remède.

Quant au rôle de l'Etat il s'agit de choix politiques. On peut en discuter les limites. Constatons simplement que les contribuables se demandent si derrière le rôle de l'Etat tel qu'on l'entend en France il n'y a pas la défense de corporations et la volonté de pérenniser cette autre forme de fracture sociale qu'est la division entre les activités protégées qui évoluent grâce aux dépenses publiques et les activités soumises à la compétition qui sont pourtant les gros contributeurs de la fiscalité.