Il a été question récemment de la suppression de l'Ecole Nationale d'Administration. Elle avait été créée pour éviter l'emprise des milieux "bourgeois" sur la République. Elle a contribué à une sur-représentation du secteur public en politique et à la confusion des pouvoirs politiques et des pouvoirs administratifs. Plutôt que de la supprimer il faut pour un vrai et nécessaire changement supprimer un privilège dont profitent les fonctionnaires : la possibilité de se lancer en politique sans courir le risque de carrière comme il arrive souvent pour les acteurs "privés".

A l'Assemblée nationale les députés en provenance du secteur public représentent selon les législations entre les tiers et la moitié du total. Il leur arrive même de disposer de la majorité absolue lorsque la gauche l'emporte. On ne peut s'empêcher de penser que ce déséquilibre qui prive "l'autre France" d'une plus juste représentation tant au Parlement qu'au gouvernement explique, au moins en partie, la préférence française pour l'action de l'Etat, celle aussi des "statuts" et régimes sociaux spéciaux.

Le surpoids politique de la fonction publique est aussi une explication de bien des réticences françaises pour l'approfondissement de l'Europe. Elle réduirait les pouvoirs des administrations nationales. Celles-ci, il est vrai, sont souvent victimes elles-mêmes en France de la politisation d‘une partie de ses représentants. Les directions sont en butte aux influences des surabondants cabinets ministériels.

Plutôt que de supprimer tout à fait l'ENA, ne négligeons pas les possibilités de mettre ses membres en concurrence avec d'autres élites, mais surtout adoptons la règle de la patrie de la démocratie. Un fonctionnaire britannique doit d'abord donner sa démission du "civil service" s'il veut se présenter aux élections du Parlement. Ainsi éviterons-nous, on peut l'espérer, que le Parlement chargé de contrôler les dépenses publiques ne soit juge et partie et ne prolonge pas le surpoids de l'Etat et de ses dépendances dans la vie du pays.