Par Nicolas Vanbremeersch[1]

La "TVA sociale" émaille depuis de longs mois, de loin en loin, les discussions de blogs spécialisés sur les thèmes économiques et sociaux. De multiples propositions de lois, comme celle de Christian Vanneste, en septembre 2005, ou le soutien régulier de Jean Arthuis à cette idée, ont régulièrement généré des analyses riches, sans commune mesure toutefois avec le volume des publications de ces derniers jours, la TVA sociale étant brusquement entrée au cœur de l'agenda de la campagne législative.

Jean Arthuis, sur son blog, est pour le moins définitif. Sur un billet intitulé "TVA sociale et plombier polonais", il affirme, dans un billet de début mai, que "la TVA sociale met un terme au débat sur le projet de Directive Européenne sur les services", en permettant au fameux plombier polonais d'abonder directement, par son activité en France, notre protection sociale. Curieusement, ce billet, d'un des principaux inspirateurs de la mesure, ne suscite pas un large débat directement sur le blog du sénateur de la Mayenne (il compte seulement 14 commentaires, plutôt de soutien). Le débat se fait en effet ailleurs, notamment autour des blogs économiques, manifestement recherchés par les internautes pour disposer d'un avis complet et renseigné sur le sujet, chacun cherchant à former son jugement sur cette question éminemment complexe.

C'est peu de dire que les blogs d'économistes ne sont pas tendres avec le projet de TVA sociale, et surtout avec la manière un peu choquante pour la théorie économique dont il est "vendu" par le politique. Olivier Bouba-Olga, une des figures de la blogosphère économique, professeur à l'université de Poitiers et à Sciences Po et spécialistes des délocalisations, cherche à corriger certaines vertus associées à la mesure. Après avoir bien noté qu'il ne s'agissait pas d'une "TVA sociale", mais plus, dans la volonté, d'une "TVA anti délocalisations", il affirme qu'""économiquement, ça ne tient pas la route" puisque "les écarts de coût sont tels que si une entreprise a décidé de délocaliser dans les PVD (Chine, Inde, PECO, …), ce n'est pas la variation attendue du coût du travail qui va l'en dissuader". Olivier Bouba-Olga précise que "comme expliqué à plusieurs reprises sur son blog, le problème économique principal de la France n'est pas celui des délocalisations vers les pays en développement", avant de préciser, que "politiquement, c'est vendeur".

De fait, de nombreux économistes sont à l'unisson. Eric Maurin en parlait en avril dernier, notant le problème de "l'escalade de problèmes" liée au fait que "la hausse de la TVA s'apparente à une dévaluation, une mesure non coopérative donc, qui a toute chance d'inciter nos partenaires européens à faire de même". Philippe Askenazy n'était pas plus tendre, en avril également, notant en complément d'Eric Maurin que "premièrement les perdants sont bien identifiés : les petits retraités qui ne bénéficient pas d'une indexation automatique de leurs pensions. Deuxièmement, comment la France pourra-t-elle plaider une TVA à taux réduit maintenue pour les travaux de bâtiment voire une extension à la restauration, si dans le même temps elle augmente le taux normal ?".

Une blogosphère économique dénonce donc de manière quasi unanime le projet, faisant circuler de nombreuses tribunes sur ce serpent de mer réveillé à quelques jours d'une élection. Elle s'oppose ainsi au politique, et, d'une certaine manière, à un "bon sens" régulièrement évoqué dans les commentaires de profanes de la chose économique, chez qui l'argumentation de François Fillon comme quoi il sert bon que le "t-shirt chinois" finance un peu de notre protection sociale, argument qui fait encore hurler le blogueur soucieux de précision économique, qui rappelle, comme Emmanuel, sur le blog ceteris paribus, dans une adresse au Premier ministre, que "les tee-shirts chinois ne paient pas d'impôts. En fin de compte, c'est toujours le consommateur qui raque".

Curieusement, alors que les leaders socialistes se sont tous emparés du sujet, peu d'argumentaires circulent sur les blogs militants, pour ou contre la mesure. La blogosphère UMP tente manifestement d'ignorer le problème, préférant ne pas entrer sur ce sujet complexe et périlleux, tandis que la plupart des blogs socialistes relaient finalement plus ces arguments d'économistes que les thèmes lus politiques de leurs états-majors. Depuis l'élection présidentielle, les blogueurs ne reçoivent en effet plus d'e-mails quotidiens indiquant une marche à suivre ou un thème à défendre, avec petits argumentaires à la clef. Cela donne d'autant plus de capacité de transmission aux sphères d'expertise, aux blogueurs indépendants et critiques, aux espaces de correction que sont ces blogs économiques. Ce n'est pas nécessairement un mal.

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net)