Comme chaque fois qu'il est question de ne pas remplacer tous les enseignants qui partent à la retraite, des voix syndicales protestent en accusant le ministre en charge de l'éducation d'avoir une approche "comptable" du service public.

Il faudrait au contraire lui faire reproche de ne pas l'avoir. Certes les chiffres ne suffisent pas à faire une politique, mais une politique sans respect des chiffres, donc de la comptabilité, serait irresponsable. On peut rappeler que les sociétés sans comptabilité ne sont pas viables. On peut montrer aussi que des gouvernants qui pratiquent la démagogie en se moquant de la gestion conduisent leur pays à la faillite et à la misère. Il suffit d'évoquer l'Iran, l'un des pays les plus riches en pétrole du monde qui rationne sa distribution après avoir chassé les compagnies capables de construire des raffineries. Au Venezuela le dictateur en place semble compter sur la manne pétrolière pour se faire une "clientèle" durable. Mais on verra, dans peu d'années, que son pays file un mauvais coton et que la pauvreté cubaine le rattrapera. Le déclin de la comptabilité c'est le retour à une forme de barbarie.

Certains rétorquent : mais il s'agit "d'un service public" et non des moindres puisqu'il contribue à la préparation de l'avenir. Certes. Mais quand on observe que les dépenses qui lui sont consacrées n'ont pas cessé de gonfler alors que les résultats enregistrés sont loin d'être aussi satisfaisants qu'on serait en droit d'attendre, on tombe bien sur un problème comptable. Le rapport entre la dépense et le rendement, voilà certes un mot horrible pour certaines corporations qui, dès qu'un problème surgit, demandent plus de moyens sans se demander d'où ils viennent, sans examiner la possibilité d'obtenir plus de résultats avec les mêmes moyens ou même avec moins de moyens. La productivité est le secret du progrès. Elle est en plus une formidable exigence d'une société de développement durable. Il n'y aura pas dans cette société des gens qui seront exonérés d'efforts économiques et d'autres qui les prendront de plein fouet.

On est loin de la formation ? Non. Trop de facilité, trop de laxisme, trop de rejet des disciplines de la gestion sont incompatibles avec les exigences de la bonne formation. Apprendre à compter est aussi nécessaire qu'apprendre à voir les faits tels qu'ils sont et non tels qu'on les habille à sa manière.

L'Education nationale compte 1 034 792 agents dont 848 835 enseignants. Vont partir à la retraite entre 2007 et 2011 146 000 professeurs, soit 29 200 en moyenne chaque année. Cela dans une période où le nombre des élèves sera en baisse. Cela aussi à un moment où il faut s'interroger sur la gestion des ressources humaines, celle des programmes, celle de la répartition des effectifs, des localisations. Si on commence par refuser de comptabiliser toutes les données en vue d'un progrès des résultats et – on peut l'espérer – d'un meilleur climat professionnel (quand on attend tout des autres on n'est jamais content), on aura fait un nouveau bond … en arrière.