Les responsables français n'aiment pas l'euro cher. Comme nous évoluons dans un système de changes flottant, cher veut dire cher par rapport à d'autres monnaies, et en premier lieu le dollar. Il est arrivé, en 1985 notamment, que les monnaies européennes de l'époque (l'euro date de 1999) perdent beaucoup de valeur par rapport à lui. On craignait alors que les capitalistes en dollars deviennent propriétaires des meilleures firmes françaises. Et après la création de l'euro on a craint pendant trois ans qu'il ne "décolle" pas. Autrement dit rien n'est figé.

Il est vrai que le dollar faible permet aux exportateurs en dollar de vendre plus facilement leurs produits ou services sur les marchés extérieurs. C'est ce qu'Airbus reproche à Boeing. Mais les premiers bénéficiaires de la situation sont les Chinois dont la monnaie est basse, ce que même les Américains lui reproche, gros importateurs qu'ils sont de marchandises chinoises. Nous le sommes moins, relativement, mais il est vrai que le yuan chinois bon marché, et plus encore le yen japonais inquiètent les industriels en concurrence avec les firmes de ces pays.

Alors faut-il décider la baisse de l'euro ? La question posée ainsi n'a pas de sens. Ce ne sont ni les gouvernants, ni les responsables de la Banque Européenne (la BCE) qui décident du cours de l'euro. C'est le marché. Pour que le marché abaisse l'euro face au dollar et aux autres monnaies, il faudrait une forte inflation en Europe, nettement plus qu'ailleurs. On pourrait aussi imaginer d'abaisser les taux d'intérêt en Europe, ce qui pourrait conduire à l'inflation. On pourrait aussi, à la limite, sortir de l'euro et revenir au franc. Dans ce cas attention aux dégâts et aux dévaluations inévitables !

Il faut avoir conscience que la France, sans l'appui européen, se révèlerait moins compétitive qu'au sein de la zone euro. Par ailleurs, la moitié au moins de nos échanges se font en Europe même, ce qui gomme en quelque sorte les mouvements monétaires internes. Dans le cas contraire, nous ne serions pas à l'abri de surprises, surtout si d'autres européens nous imitaient. Il ne faut pas oublier non plus que grâce au niveau actuel de l'euro, les achats fait dans les économies de la zone dollar ou qui lui sont liés, notamment les pays pétroliers, nous coûteraient en termes réels bien plus cher.

Les partisans d'un euro moins fort disent que se serait un moyen de promouvoir nos exportations. Peut-être pour Airbus, mais ses problèmes sont-ils tout à fait monétaires ? N'y a-t-il pas aussi quelques faiblesses de direction, d'organisation, d'entente, entre associés ? Pour d'autres produits ou services une baisse relative des prix serait-elle suffisante pour reprendre des parts de marché ? Les Allemands, premiers exportateurs du monde, le sont notamment grâce à la qualité de leur industrie d'équipement. Nos entreprises sont-elles toutes au niveau mondial ? Et notre économie dans son ensemble ? Réduisons nos frais généraux (en gros les dépenses publiques) d'un cinquième au minimum, et notre situation économique sera meilleure dans le monde, même avec un euro affermi.

La fermeté actuelle de l'euro donne à l'Europe un atout auquel on ne pense pas assez. Il devient une monnaie de référence compétitive par rapport au dollar.

Alors est-ce à dire que les gouvernants européens n'aient rien à faire en matière de politique monétaire ? Ils ont trois voies à suivre. D'abord faire avancer l'Europe politique ; la politique doit coiffer le droit de battre monnaie ; or on fait l'Europe monétaire sans vraiment vouloir l'Europe politique. Ensuite faire tout ce qui peut l'être pour développer les atouts économiques au niveau européen, par exemple pour la recherche. Enfin sans attendre l'esquisse d'un gouvernement présenter un front uni au G8, seul endroit où puissent être menées des discussions utiles sur le dumping monétaire là où il existe.