A 68 ans, vous avez repris du service comme entraîneur de l'équipe de football de Lens. On a failli vous l'interdire, les lois et règlements en vigueur dans votre activité comme en d'autres datant de l'époque ou l'espérance de vie moyenne était – pour les hommes – de 70 ans. On sait qu'elle est désormais de l'ordre de 80 et ce n'est pas fini. Nous gagnons trois mois d'espérance de vie tous les ans. Même si ce rythme n'est pas éternel, même s'il n'est pas général (ainsi en Russie), cela veut dire que l'organisation de la vie active et celle de la retraite doivent évoluer.

Quand il a été question, après la deuxième guerre mondiale, d'assurer à chaque travailleur une pension minimale de retraite, un travailleur prenant sa retraite à 65 ans avait environ encore deux ans à vivre. Grâce aux progrès de l'hygiène, de la médecine, de la chirurgie, cette durée a été multipliée par près de dix, d'autant que le départ à la retraite, en France, a été fixé solennellement à 60 ans et dans beaucoup de cas à 55 ans.

Les régimes de retraite suivent difficilement, même si les cotisations ont augmenté. Leur équilibre relatif suppose soit plus de cotisations, soit une plus longue durée, soit les deux.

On ne pense que ce soit ce calcul qui ait guidé votre décision, mais elle éclaire un autre aspect du problème des retraites, celui de l'usage du temps qu'elles procurent.

Il est fonction des tempéraments, des moyens dont on dispose, de l'état de santé, des lieux où l'on vit, et aussi des talents des uns et des autres. Le jardinage, le bricolage, la cuisine, la lecture, les voyages, les cartes, les petits-enfants, la marche, la pêche, autant de "distractions" qui permettent de donner un sens à sa journée. D'autres sont plus "citoyennes". Parmi les quelques 500 000 conseillers municipaux, départementaux, régionaux, un nombre important d'entre eux ou elles sont "retraités". C'est une des raisons qui militent en faveur du maintien des petites communes, si possible regroupées en communautés. On peut évoquer aussi les associations, clubs, groupements paroissiaux ou laïcs, œuvres sociales qui ont besoin de bénévoles.

Dans la réalité du terrain, bien des retraités sont "actifs". Heureusement. Mais d'autres qui auraient volontiers poursuivi leur activité professionnelles ont subi le couperet des 60 ans, dans la banque par exemple. Certes des personnes ayant exercé un métier pénible le quittent plus tôt sans regret, mais certains auraient aimé retrouver une activité moins lourde.

Vous, Guy Roux, avez eu une activité passionnante, parfois tendue au point d'avoir eu recours aux bons soins de la chirurgie cardiaque, mais vous vous sentez en état de la prolonger. Vous n'êtes pas le seul. A près de 80 ans on peut encore écrire, enseigner, conseiller, ou apprendre le chinois. Mais ni les entreprises, ni les systèmes d'assurance vieillesse, ni même les professions intellectuelles comme dans l'enseignement supérieur ne sont aptes à faire du sur-mesure, surtout s'il s'agit d'envisager une activité rémunérée. Car c'est là un autre aspect de la retraite active. Celui du cumul en tout ou partie des revenus "d'hier" et de ceux d'aujourd'hui. C'est un thème qui devrait donner lieu à études et expérimentations, étant entendu qu'on laissera ensuite chacun libre de vivre sa retraite comme il l'entend.

Votre exemple, Guy Roux, devrait favoriser une approche plus prospective de la retraite, prospectif voulant dire décider aujourd'hui en fonction de demain. Dans votre cas on peut souhaiter en plus une belle réussite au club de Lens pour prouver que le troisième âge peut aussi être celui de nouvelles performances.