Si ce qu'on appelle le Grenelle de l'environnement conduit à préconiser des interdits en nombre, à refuser la croissance sous prétexte de "précaution", il ne servira à rien, sinon à retarder la maîtrise des problèmes majeurs. Si en revanche il tient compte de l'histoire du développement et des réalités mondiales, il sera positif.

Rappelons d'abord ce que tout le monde sait mais devrait avoir en permanence à l'esprit, que l'avènement de la société industrielle représente en temps l'équivalent de quelques minutes sur une journée. Il a fallu des milliers de siècles pour que la population mondiale atteigne le milliard et demi d'habitants. Mais cent ans ont suffi pour la faire bondir à plus de six milliards, en l'an 2000. Et l'augmentation se poursuit.

Un milliard et demi d'habitants ont un niveau de vie de type "occidental". Un milliard sont dans le dénuement. Quatre milliards sont, à des niveaux divers, en train de pénétrer dans la société industrielle. La mondialisation c'est avant tout ce phénomène : l'arrivée massive de candidats au mieux-être.

Tous les indicateurs économiques de consommation, de production, s'emballent. Le simple accroissement annuel du produit mondial actuel correspond, largement, au produit mondial des années 1850.

Les hommes ont vraiment "envahi" la terre. Ils consomment de plus en plus de ressources naturelles, rejettent des gaz nocifs dans l'atmosphère et multiplient les pollutions. Des efforts sont faits pour les réduire mais un énorme travail de maîtrise du développement s'impose pour que la planète reste viable.

La plupart des discours et prises de position dans nos contrées sur les questions d'environnement ont tendance à mettre l'accent sur tel ou tel désordre, rarement sur l'ensemble. Des jusqu'auboutistes préconisent la décroissance, discours que les Chinois ou même les Indiens ne sont pas prêts à entendre, pas plus d'ailleurs que la majorité des habitants de nos contrées. La décroissance ou le pointillisme écologique sont de fausses routes.

La réponse aux défis actuels et ceux qui nous attendent n'est pas dans un refus du progrès technique et de l'organisation des sociétés mais, au contraire, dans leur amplification. Un mot résume la politique qui s'impose : la productivité.

La productivité consiste à tendre en permanence et dans toutes les activités, même immatérielles, à chercher à obtenir plus de résultats avec moins de moyens et, si possible, moins d'efforts. Elle consiste évidemment à mettre en œuvre les possibilités ouvertes par le progrès des sciences et des techniques qui sont plus considérables qu'elles ne l'ont jamais été. Elles exigent des choix d'investissement, y compris dans des domaines peu évoqués dans des débats "écologiques". Ainsi le Cercle des économistes, dans une étude récente sur la "rareté", met au compte des raretés la formation, l'éthique (lutte contre la corruption) et la prise de conscience politique des exigences "mondiales".

Les entreprises ont un rôle essentiel à mener. Elles sont les principaux agents du développement et donc du développement durable. Mais pour conscientes qu'elles soient dans bien des pays – y compris semble-t-il progressivement en Chine – elles ne sont pas à l'abri des tentations court-termistes, ni des retards dans les prises de risque sur de nouvelles formes d'usage ou de consommation.

Le plus grand risque consisterait à cesser d'innover, de créer, de produire sous prétexte de sauver la planète. Il serait aussi de réclamer sans cesse le retour au "naturel", alors que si l'on s'en tenait aux productions "naturelles" la France, pour ne prendre qu'un exemple, ne pourrait faire vivre – mal – que 25 millions d'habitants. Sans progrès technique, pas d'avenir.