On n'a pas fini de tirer les leçons des secousses boursières et financières. Mais il en est une qui s'impose. Les études concernant l'économie et la finance sont de plus en plus sophistiquées. Mais elles sont tellement spécialisées qu'elles s'ignorent ou plus exactement que les "Mozart de la finance" mettent au point des politiques si ingénieuses qu'elles en oublient les réalités économiques et psychologiques.

Pour l'économie on sait que le jour où la création de richesse tend à n'être plus au rythme de la masse des crédits, un ajustement est inévitable. Pour la psychologie on sait que la confiance est le secret des sociétés occidentales (voir La Société de confiance, d'Alain Peyrefitte). Lorsqu'un accroc sérieux se produit, la perte de confiance se diffuse plus vite que le rééquilibrage économique.

Ce n'est pas la première fois, tant s'en faut, que nous assistons à des crises de ce genre. Mais à l'heure de la mondialisation, les systèmes financiers sont de plus en plus solidaires. Les banques centrales ont à peu près toutes réagi de la même façon en prévoyant des moyens financiers supplémentaires destinés aux banques trop engagées dans une politique hardie de prêts, immobiliers ou financiers.

Première leçon donc à tirer, rappeler à tous les acteurs de l'économie et de la finance (et surtout aux spécialistes et aux étudiants) qu'il n'y a pas d'un côté une aire financière qui peut s'étendre en ne s'occupant que d'elle-même, et de l'autre une aire économique qui peut ignorer les effets des actions financières. D'Adam Smith à Milton Friedman en passant par John Maynard Keynes, les grands économistes ont toujours tenté d'en faire la synthèse.

La deuxième observation est plus prosaïque. Sans évoquer St-Thomas outre-mesure, ni renoncer aux avantages du crédit – et donc de l'endettement – on peut s'interroger sur la responsabilité du prêteur et de l'emprunteur. Du côté de l'emprunteur l'habitude s'est prise, surtout aux Etats-Unis, d'agir comme si l'argent était naturellement "facile". On a tendance à croire que 2 et 2 font 5 ou 6. Mais le jour où pour une raison ou une autre on est dépassé par le coût des remboursements, on retrouve le 2 + 2 = 4, ce q'on n'apprend plus dans les écoles, les familles ou dans les médias. Sans tomber dans les méthodes anciennes : accumuler d'abord pour dépenser ensuite, il faut savoir "raison garder".

Côté prêteur, l'espoir de gagner beaucoup et vite en poussant les prises de risque très loin (en oubliant que la contrepartie peut être une perte sévère), ou ne tient pas toujours compte des conditions générales de l'économie. Elles supposent que chacun se sente responsable de ses actes. Il n'est pas sûr que la diffusion des risques grâce à la titrisation aille dans ce sens.

La situation va évoluer. Une cure de désintoxication est inévitable. Il serait dommage que dans quatre ou cinq ans on l'oublie et que les dérives recommencent.