Dans un article récent paru dans Le Figaro (23 août 2007), Christian de Boissieu et Jean-Hervé Lorenzi ont justement insisté sur la nécessité d'axer les efforts des acteurs économiques sur la reconquête de nos parts de marché en Europe et dans le monde.

Alors que le rythme de croissance de l'économie française s'essouffle – et cela ne date pas d'hier – les gouvernements successifs ont d'abord voulu favoriser l'activité par une augmentation du pouvoir d'achat et de la demande. On connaît le résultat. Chaque fois que les rémunérations augmentent de façon naturelle ou factice, une partie des achats qui en résultent profitent aux produits importés, voitures étrangères ou jouets chinois. Notre déficit extérieur, masqué grâce à l'euro, s'accroît. Nous vivons sur l'acquis et à crédit.

Ce n'est pas tout. Comme en France un bon cinquième de la population est au service de l'Etat, la demande publique – plus lourde qu'ailleurs – et la demande des salariés du public favorisent une activité de consommation insuffisamment équilibrée par une activité de production compétitive.

Première série d'actions nécessaires pour rétablir nos chances de rester dans le peloton des économies d'un certain poids, investir pour produire. Cela n'ira pas sans heurts dans la mesure où pour trouver les moyens nécessaires, il faudra limiter les dépenses de fonctionnement, notamment publiques mais aussi privées. Mais ce n'est pas tout.

Produire oui, mais quoi ? La France est engagée dans de grands programmes aéronautiques, atomiques, de travaux publics. Elle a toujours préféré les projets spectaculaires aux tournevis et aux outils du quotidien. Bien. A condition de ne pas se tromper de cible et par exemple de s'intéresser plus aux opérations grandioses difficilement rentables qu'à la recherche des besoins durables d'une clientèle solvable.

L'exemple à suivre ou à tout le moins dont il faut s'inspirer est allemand et pas américain. Il est bien connu que les entreprises allemandes contribuent beaucoup aux équipements industriels et aux industries mécaniques dont on a cru qu'elles seraient dépassées par "l'immatériel" alors qu'elles en sont une base nécessaire. Pour fabriquer des logiciels il faut avoir des "machines".

Ce qui se passe aux Etats-Unis fournit aussi matière à réflexion. Les régions qui résistent le mieux à la "désindustrialisation" sont celles qui attirent des ouvriers qualifiés, du soudeur au conducteur de machines, dont toutes les activités ont directement ou indirectement besoin. Certes l'automobile doit évoluer pour devenir "verte", mais elle reste une activité majeure. Il en va de même pour la chimie, la pharmacie, les équipements de transport, l'énergie, le bâtiment, les équipements agricoles et les machines outils (que la France ne produit plus guère).

On multiplie aujourd'hui les pôles régionaux. Quelle est leur stratégie ? Peut-on soutenir tous les projets ? Il serait dommageable que les activités "classiques" soient oubliées. La fabrication de matériel d'échafaudage ou de matériel de boulangerie industrielle peut rapporter autant que des acticités apparemment plus sophistiquées.

Autrement dit, il faut des informations efficaces, des financiers réalistes mais aussi des « mécaniciens » de base, donc des formateurs pour les chercheurs mais aussi pour les ouvriers qualifiés.

Regardez le numéro de L'Usine Nouvelle du 12 juillet / 29 août 2007 sur la France. Vous y verrez mieux qu'un long discours où sont les bases, et dans quels secteurs, d'une politique de relance industrielle durable.