Nous savons tous que la même information n'a pas la même coloration selon qu'elle est présentée par le Figaro ou Libération. Mais il n'est pas inutile de se livrer soi-même à un exercice "vérité". En voici un exemple sur la base de Sud-Ouest (édition Périgueux), par ailleurs un bon journal dont on ne peut guère se passer quand on vit ou séjourne dans la région. Il s'agit de l'édition du 24 août dernier.

A la une deux gros titres : le nouveau prix de notre santé ; les aides annoncées déçoivent les agriculteurs. Dans les pages intérieures le titre majeur est : "la facture des soins s'alourdit" et la parole est donnée à un médecin qui s'oppose aux franchises médicales, selon lui une "forme de sanction financière". En petits caractères on trouve des informations sur les comptes. "La branche maladie de la sécurité sociale est en déficit de 6 milliards cette année. Toutes branches confondues le déficit de la sécurité sociale s'élève à 11 milliards d'euros en raison de la branche vieillesse (4 milliards). Les dépenses annuelles de chaque français pour les soins est de 3100 euros. 2500 sont pris en charge par l'assurance-maladie et une grande partie du reste par les assurances complémentaires".

Rien n'est faux, pas plus que le rappel d'un sondage montrant que 60 % des Français sont opposés à la franchise. Mais la manière de présenter l'actualité peut être interprétée comme une volonté du gouvernement de faire en sorte que les assurés sociaux comprennent que la sécurité sociale n'est pas gratuite. C'est bien en effet l'un des buts des responsables, mais on donne ici le sentiment que l'on pourrait poursuivre comme avant. Certes on trouve des encadrés expliquant bien la hausse des dépenses de santé est inexorable mais on n'ajoute pas : il est difficile de ne pas la faire supporter par les assurés et les contribuables. Autrement dit bien des lecteurs auront le sentiment qu'ils vont être "pénalisés" et que l'on pourrait "faire payer" certaines catégories sociales ou industrielles, par exemple l'industrie pharmaceutique à laquelle s'en prend le médecin interviewé.

Bref on présente une nouvelle désagréable en suggérant que d'autres solutions que celles qui sont en cours pour faire face aux déficits sont possibles. Mais on n'en aucune de sérieuse. Il est vrai que si l'on avait écrit "l'avenir de la santé dépend aussi de vous", on aurait perdu des lecteurs sans en gagner aucun.

L'autre information sur la déception des agriculteurs concerne les éleveurs de veaux. Les coûts de production vont coûter plus cher. Comme toujours dans ce cas on présente les faits comme s'il était normal, naturel, inévitables que les aides aux producteurs augmentent. Le ministre Barnier annonce l'injection de 23 millions dans le plan de modernisation des bâtiments d'élevage. C'est donc qu'ils sont loin de répondre aux exigences d'une économie rentable. Mais cela n'est pas évoqué. Autrement dit, "lecteur – éleveur", vous avez toujours raison.

On ne jette pas la pierre aux journalistes et aux journaux. Le devoir d'objectivité n'interdit pas de penser à ses clients, mais jusqu'où ? En revanche on peut s'étonner qu'il ne soit nulle part fait allusion dans l'édition "passée au crible" du fait que l'Allemagne ait surmonté un déficit budgétaire. C'est pourtant un exemple à suivre en montrant que ce n'est pas le résultat d'un miracle, mais d'efforts demandés à tous.