Les commentaires vont bon train sur la phrase du Premier ministre évoquant l'état de faillite de l'Etat français. Les choses paraissent pourtant simples. Un agriculteur demande au Premier ministre un accroissement de subventions. Le Premier ministre aurait pu répondre de manière triviale "Je n'ai plus de sous". Mais la phrase aurait été dangereuse. En disant "Je n'ai plus de sous" il aurait conforté cette partie de l'opinion "quémandresse" qui croit que les politiques créent l'argent au fur et à mesure qu'ils le distribuent.

C'est bien en partant de cette illusion que la politique budgétaire au sens large (Etat, collectivités locales, santé) semble avoir été menée depuis des années. Conscients des dérives consistant à accumuler les dépenses sans remettre en question leur objet, les parlementaires ont voté la Lolf pour préciser les raisons d'être des dépenses publiques et éventuellement modifier leur objet et leur contenu. Mais cela ne suffit pas. Pour mieux maîtriser les dépenses publiques, il faut à un moment donné modifier, moderniser les structures et les modes de fonctionnement. On vient enfin de constater cette nécessité à propos de l'évolution de la fonction publique. Mais il faudra du temps avant que les résultats soient probants.

En attendant des transformations profondes – certaines heureusement ont déjà commencé – il est inévitable que le gouvernement dise "non" à certaines dépenses. Certains diront qu'il pourrait augmenter les impôts pour se donner les moyens de la générosité. C'est oublier que leur poids en France est lourd et qu'il faut mettre en balance l'utilité de telle dépense au regard des inconvénients des prélèvements. Qui plus est la culture de la "productivité" n'étant pas très répandu dans bien des activités, notamment publiques, la tendance naturelle de trop de gens est de réclamer toujours plus, sans examiner la possibilité de faire plus avec moins.

L'Etat, dit-on, ne tombe pas "en faillite". On oublie que cela a tout de même été le cas dans l'histoire, si faillite s'entend comme baisse durable du pouvoir d'achat d'un pays, d'une ville ou d'une région. Le risque existe en France. Le Premier ministre a eu raison d'oser le terme.