Le Grenelle de l'environnement est l'occasion d'agiter les idées, de confronter des points de vue, souvent contradictoires, de canaliser aussi des courants d'opinion en essayant de les comprendre, ce qui n'est pas toujours aisé. Il est vrai qu'on est dans un domaine où les convictions s'appuient au moins autant sur des certitudes non vérifiées que sur des données scientifiques. Mais une fois que les conclusions des travaux seront tirées il ne faudra pas croire que les lignes politiques de l'environnement seront définitivement tracées pour la France. Dès à présent l'essentiel des règles qui nous gouvernent en la matière sont élaborées et décidées au niveau européen.

La France a une occasion forte de les orienter. Elle préside l'Union Européenne pour six mois dans la deuxième partie de 2008. Il est urgent de s'y préparer et notamment à propos du développement durable. La France n'est pas considérée en effet par ses partenaires comme étant en pointe dans l'action. Il se passe pour l'environnement ce qui se passe en d'autres domaines. Nous parlons sans être toujours écoutés. D'autres pays, notamment le Royaume-Uni, préparent des dossiers sérieux en mobilisant les moyens nécessaires pour les faire aboutir. Comment se préparer et sur quels thèmes ? D'abord en reliant les politiques de l'énergie et de l'environnement. Elles étaient distinctes. Il faut les rapprocher. On ne peut pas, par exemple, sous prétexte de respect de l'environnement, refuser le recours à l'électricité "nucléaire" ou, sous prétexte de sécurité de ravitaillement en énergie, tout en refusant le nucléaire, subventionner largement, comme le font les Allemands, des centrales au charbon qui – en dépit des progrès – rejettent encore du CO2 dans l'air. On ne peut pas non plus penser que la production de biocarburants sera peut-être une bonne manière de supprimer la PAC sans se mettre pour autant à dos les agriculteurs qui retrouveront tout ou partie des subventions par un autre biais, sans avoir fait un bilan global des coûts et bénéfices en CO2 … et en argent.

Autre exigence : avoir le souci de l'efficacité politique et économique. Deux approches sont possibles. Soit fixer des objectifs précis, chiffrés et dont les résultats espérés sont vérifiables, ce qui est assez dirigiste ; soit mettre en place une action d'ensemble, par exemple les économies d'énergie à concurrence de X % en Z années, et faire confiance aux acteurs, Etats, collectivités locales, entreprises, personnes, quitte à recourir à des incitations (qui ne faussent pas les règles de la concurrence).

De toute manière les études préparatoires visent d'ici à 2020 sur la base 1990 = 100, 20 % d'économies d'énergie, 20 % de réduction des gaz à effet de serre (et pas seulement le CO2) et 20 % d'énergies renouvelables en plus. Il faut en effet assurer la sécurité des approvisionnements. Il faut également prendre conscience du fait que la maîtrise de l'environnement, d'une part, et le redéploiement d'activités qui sont liées à l'énergie et les risques de pollution, de l'autre, entraîneront des bouleversements dans l'économie. Il y aura des gagnants et des perdants. Quelle politique "sociale" doit accompagner la politique de l'environnement ?

Autant de questions, et il en est d'autres, qui méritent d'être étudiées pour contribuer vraiment à la politique européenne de l'environnement là où elle se mène réellement, avec l'accord des Etats, c'est-à-dire au Parlement européen et la Commission.