La suggestion de la commission Attali de ne plus faire du principe de précaution une sorte de "vache sacrée" fait débat. D'un côté, toutes celles et ceux (à commencer par la secrétaire d'Etat au développement durable et Michel Barnier qui, il y a des années, avait lancé le thème) qui estiment nécessaire, en raison de l'importance des périls écologiques, de renforcer les mises en garde. De l'autre, beaucoup de chercheurs, innovateurs, entrepreneurs, qui dénoncent les grandes peurs à répétition et demandent qu'on agisse pour surmonter les "revers" du progrès, au lieu de le bloquer.

A chacun de faire sa religion. Voici quelques remarques pour y contribuer.

Le progrès technique, né de la société industrielle, a changé la face du monde et la vie de gens. Il a si bien favorisé la vie des hommes qu'en moins de trois siècles la population mondiale a été multipliée par plus de six, que le niveau de vie d'une partie de cette masse s'est formidablement accru, tandis que 4 milliards de "nouveaux entrants" aspirent à vivre comme nous autres Européens ou Américains.

Le monde "technique" est-il aussi dangereux qu'on l'affirme ? Non… et oui. En dépit des alertes de plus en plus fréquentes sur les risques "d'empoisonnement" par la nourriture "industrielle", l'allongement de la vie humaine ne cesse de progresser, et les hommes un peu âgés, qui ont de la mémoire, savent bien que la "bonne bouffe" entraînait bien des infections dues à la salmonelle.

Certes le progrès ne va pas sans inconvénients. Mais si on avait imaginé le nombre d'accidents provoqués par l'utilisation d'un milliard de véhicules dans le monde, aurait-on pour autant à la fin du XIXè siècle interdit toute recherche sur le moteur à explosion et sa mise en service ?

Il est vrai qu'aujourd'hui certaines menaces sont d'ordre planétaire. Ainsi celles des chocs climatiques provoqués par la densité croissante des gaz à effets de serre (CO2 mais aussi méthane). Peut-on pour autant interdire l'usage des véhicules et la production accrue de bétail ?

Les partisans du principe de précaution placé en France au niveau de la Constitution ont voulu frapper les esprits pour hâter la prise de conscience d'un changement d'époque et probablement de civilisation. Nous avons vécu le développement grâce aux énergies fossiles, commodes à utiliser mais polluantes. Elles seront épuisées à terme relativement proche, de l'ordre du siècle. La solution consiste-t-elle à recourir aux modes de transport d'antan ? Ou à chercher de nouvelles sources d'énergie, à innover dans les modes nouveaux de production et de commercialisation, dans l'articulation des villes ? Autrement dit plutôt que de vouloir freiner l'innovation, la créativité, ne faut-il pas au contraire en accélérer le rythme en sachant qu'elles exigent inévitablement des prises de risques. Qu'on essaye de mieux les évaluer, certes. Qu'on s'efforce d'en anticiper les effets, certes. Qu'on s'illusionne en pensant qu'on pourra nourrir bientôt 9 milliards d'hommes sans usines, produits et matériaux nouveaux, non.

Attention donc à l'usage excessif du principe de précaution qui peut conduire à l'immobilisme certaines activités et certains pays. Mais oui au principe de précaution s'il consiste à bien peser les avantages et les inconvénients de telle évolution, et sachant aussi que pour surmonter les risques entraînés par la technique il faut souvent encore plus de progrès technique et d'organisation.