Par Nicolas Vanbremeersch[1]

Le traitement du Grenelle de l'environnement sur les blogs peut se résumer en deux phases, assez clairement distinctes.

Au lancement, il fut surtout discussion de la méthode, assez peu du contenu. Et pour cause : le processus n'incluait pas à son démarrage un volet internet et n'incitait pas à une reprise aisée de l'actualité du Grenelle, qui se déroulait principalement dans les nombreux groupes de travail, à huis clos. C'est donc l'approche retenue par le gouvernement qui a le plus prêté à la discussion (et le terme de Grenelle, notamment), à défaut d'ordres du jour et de comptes-rendus des groupes de travail. Pas de consensus, sur ce sujet : si nombre d'internautes ont émis des réserves ou des interrogations sur l'approche retenue (le dialogue avec des associations non représentatives, la courte fenêtre de quelques semaines…), la plupart semblait se féliciter de la forte ambition affichée par le gouvernement. Dans cette période, certains participants au grenelle prennent l'initiative de publier régulièrement leur propre actualité, volontiers critique, du Grenelle. L'alliance pour la planète (fédérant plusieurs ONG écologistes) se fait ainsi remarquer en tenant le blog grenellorama, qui connaitra rapidement un réel succès dans le volume assez faible de discussions engendrées sur le sujet.

Dans une deuxième étape, pendant trois semaines, à partir de début septembre, le Grenelle a ouvert une consultation en ligne. Non pas tant pour nourrir les travaux des groupes de travail d'idées et suggestions, ou de hiérarchies de sujets que pour faire parler et interagir sur les propositions. Obtenir un premier retour, à chaud, sur l'acceptabilité et les objections ou soutiens aux mesures. Dénicher des consensus ou des mesures difficiles. Une dizaine de milliers de messages ont été postés, et une synthèse en a été rendue publique, qui permet de donner un thermomètre de cette opinion, évidemment partielle, mais riche. Nul doute qu'elle sera d'un fort enseignement pour le législateur. On notera la hiérarchie opérée par les participants : le sujet du réchauffement climatique recueille à lui seul près de la moitié des contributions, la plupart concernant les transports (dans un mode souvent critique sur les mesures annoncées).

En parallèle de cette consultation, Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciuzko-Morizet organisent chacun une rencontre avec des blogueurs, pour discuter librement de ce Grenelle, et tenter de faire passer l'idée que ce Grenelle n'est qu'un début. Tout en appelant à continuer le combat des consciences : le gouvernement sait le chemin difficile, et tente, subtilement, de s'allier l'opinion publique, allié utile dans le chemin qui reste aux mesures envisagées. L'alliance du gouvernement et des internautes contre les réticences des parlementaires et des corps intermédiaires, voilà un schéma intéressant, qui témoigne de l'évolution du rapport de forces sur ce type de sujets.

Revenons à nos blogueurs. Pendant le temps du travail, ils se sont globalement tus. La consultation a recueilli un petit succès, mais asséché les blogs, qui ont, eux, tournés leurs regards vers le GIEC et Al Gore, récemment nobelisés. Au moment de la remise des conclusions, la blogosphère se réveille. En quelques jours, des centaines de billets tentent un bilan. Au grand registre des regrets, il y a ceux qui déplorent les absents. Le nucléaire est souvent cité, malgré les explications légitimes, comme un sujet qui aurait du être abordé dans un traitement aussi généraliste. Divers absents sont notés, ici et là, comme, blogueurs obligent, le prisme technologique (l'irruption, sur internet, d'une vidéo dénonçant l'impact environnemental de l'iphone a fortement joué en ce sens).

Au delà de ces réserves, la tendance générale est quasi unanime : tout le monde semble saluer cet effort unique, nouveau, nécessaire. Et tout le monde sait que rien de concret n'est encore sorti du Grenelle. Les mots de Jean-Louis Borloo, "le diable se niche dans les détails", sont repris des dizaines de fois, pour indiquer que l'attention sur les enjeux environnementaux ne baissera pas. Les plus attentifs, bien évidemment, sont les nombreux blogs dédiés à l'environnement. La blogosphère verte, récemment regroupée autour du riche blog ecopolit.eu, y va d'un concert de bilans. AnneSo y a le mot de la fin : "De la parole aux actes donc, voilà ce sur quoi il va falloir veiller maintenant".

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net)