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Chat avec Christian Blanc, député des Yvelines, jeudi 20 avril 2006.

Croissance, emploi, compétitivité : quelles réformes pour 2007 ?


Christian Blanc : Bonjour. Heureux d'être à l'écoute de vos questions et prêt à établir le dialogue avec vous.  
 
picpacpoc : Vous avez une grande expérience de l'Etat, mais êtes un 'jeune député'. Qu'est-ce qui vous a le plus frappé à l'assemblée nationale ? Où sont les dysfonctionnements ? Que pourrait-on améliorer ?   

Christian Blanc : C'est un vaste programme ! Disons que ce qui est probablement le plus frappant pour un homme qui a un parcours professionnel comme le mien, c'est l'hégémonie de la culture administrative dans les débats à l'Assemblée. 90% des débats au minimum sont consacrés à des problèmes de société et surtout à des questions de redistribution, et ceci sans que les problèmes de production ne soient abordés. Il est particulier à notre pays d'avoir un Parlement dont 30 à 40% des membres sont issus de la fonction publique. C'est un cas unique en Europe, et ceci pèse profondément sur les orientations politiques et économiques du pays.

Verel : Vous avez participé à la commission Pébereau et vous insistez sur le trop grand nombre de fonctionnaires. N'y a t-il pas un risque de diaboliser une catégorie de travailleurs dont la grande majorité fait preuve d'une grande conscience professionnelle et se retrouve confrontée aux difficultés de la société, en particulier dans les quartiers dits sensibles (ex pompiers, policiers, enseignants etc...) ?
 
Christian Blanc
: J'ai un très grand respect pour le service public et donc pour les fonctionnaires. J'ai moi-même exercé dans ma vie les fonctions de préfet, et c'est un monde que je connais. Ce que je dis est qu'il y a 20 ans, nous avions une administration réputée dans le monde entier, et dont la caractéristique était qu'elle employait une part importante de la population française. L'irruption des NTIC aurait dû conduire à une administration encore plus performante et surtout moins nombreuse. C'est ce qui s'est produit dans la plupart des démocraties évoluées. Or, quelle ne fut pas la stupéfaction de la Commission Pébereau d'apprendre qu'en 20 ans, un million de postes de fonctionnaires avait été créé par la droite et par la gauche, sans que les Français ne le sachent. C'est ce qui entraîne aujourd'hui des paralysies fortes dans l'administration ; par ailleurs, la charge budgétaire d'une telle inflation est de plus en plus lourde, puisque, charge des retraites comprises, son poids total est nettement supérieur à 50% du budget.   

CICCA : Bonjour, N'est-il pas injuste de ne pas permettre aux agents publics d'être liés financièrement aux réussites économiques ? En effet, de leur motivation dépend aussi cette réussite.

Christian Blanc : Je pense que dans le revenu annuel des fonctionnaires, une part d'évaluation et des incitations au mérite devront être introduites.

verel : N'y aurait pas un manque de fonctionnaires en front office, pendant que c'est le trop plein en back office? C'est ce que semble indiquer le rapport Pébereau

Christian Blanc : Globalement, il y a trop de fonctionnaires par rapport à la population. Et effectivement, la répartition de la population entre back et front office n'est pas satisfaisante. Je crois qu'il faudrait une nouvelle architecture de la fonction publique qui partirait d'une définition des missions de l'Etat et des collectivités locales et qui permettrait ensuite, comme c'est le cas depuis une quinzaine d'années au Canada ou en Suède, de retrouver une efficacité de nos services publics.
 
Ahcene : Les déficits publics aujourd’hui servent à payer les prestations sociales et les services publics et non à investir dans l’avenir, ne faudrait-il pas limiter le pouvoir budgétaire du gouvernement avec des règles constitutionnelles ?  
 
Christian Blanc
: Non. C'est une prérogative essentielle du Parlement de voter les lois et le budget de la Nation. Ce qui n'existe que peu ou pas est le contrôle a posteriori de l'application du budget par l'exécutif.
  
Turkish delight : Raffarin a lancé une deuxième vague de décentralisation un peu piteuse et mal ficelée. Comment peut-on reprendre le mouvement ? L'idée de décentralisation n'est-elle pas un peu condamnée, tant chez les élus que chez les citoyens ?   

Christian Blanc : Cette question est fondamentale pour débloquer la situation française. Je crois qu'une régionalisation poussée est une nécessité, en donnant l'essentiel des compétences économiques aux régions tout en gardant bien évidemment une centralité du législatif et des missions régaliennes de l'Etat en matière par exemple de police ou de justice.  

Bozo : On nous rebat les oreilles en nous disant que l'effort de recherche en France n'est pas suffisant. On nous répète également à qui mieux mieux qu'une grande part de la recherche française se fait dans le public. Ne pensez-vous que les chefs d'entreprise, qui manifestent un certain désintérêt à l'égard de la recherche, ont aussi leur part de responsabilité dans cette affaire ?  

Christian Blanc : Quand on compare la situation française avec celle des pays développés ou en voie de développement rapide, on constate que par rapport au PIB, la situation française n'est pas ridicule. Elle est plus faible que celle que l'on connaît aux Etats-Unis ou en Finlande, mais elle est dans la moyenne européenne. Les gouvernements ont introduit un débat en trompe-l'oeil pour savoir qui de la recherche publique ou de la recherche privée portait la responsabilité de nos faibles performances alors que les volumes financiers accordés globalement à la recherche sont satisfaisants. Il faut insister vivement sur ce point : le problème français en matière de recherche est essentiellement un problème d'organisation, qui date de plus de 50 ans et qui est aujourd'hui mal adaptée à l'impératif d'innovation. C'est un point que je développe dans un livre récent qui vient de sortir chez Odile Jacob : "La croissance ou le chaos". 

Malek : Les politiques d’incitations fiscales sont-elles la solution pour remédier à la faiblesse de la R&D des PME françaises ?

Christian Blanc : Non. Je pense que la question de la fiscalité n'est pas essentielle pour expliquer nos médiocres performances.
Je voudrais compléter ma réponse précédente sur l'organisation de la recherche : ce qui fait défaut, avant tout, c'est le capital-risque, et cela me paraît autrement essentiel par rapport à la fiscalité.   

Gros zébu fou : Que pensez-vous de la loi de programmation pour la recherche récemment adoptée par le gouvernement ? Croyez-vous qu'elle réponde aux revendications du mouvement des chercheurs ?

Christian Blanc : Nous avons passé 3 jours et 3 nuits à l'Assemblée nationale pour examiner le projet de loi du gouvernement sur la recherche. Je ne sais pas si elle correspond aux souhaits du collectif Sauvons la recherche mais en ce qui me concerne, j'estime que cette loi est globalement nulle. J'espère que nous aurons la possibilité après 2007 de doter notre pays d'une loi portant sur la modernisation des universités et de la recherche, qui à mes yeux ne font qu'un. C'est décisif pour que nous puissions nous engager dans ce 21è siècle à armes égales avec nos principaux compétiteurs.
  
JPV : Dans votre bouquin, vous terminez par le projet d'un Cluster sur le plateau de Saclay. JP Raffarin ayant quitté son poste, vous avez remis vos analyses et propositions sur Saclay à J. Chirac. Vous a-t-il enfin répondu ?

Christian Blanc : Je n'ai eu aucune réponse et n'en aurai probablement jamais. Un instant, j'ai cru qu'à l'image de son prédecesseur, le général de Gaulle, le Président saurait, comme De Gaulle l'a fait pour le spatial ou l'énergie atomique, permettre aujourd'hui la mise sur orbite d'une plateforme scientifique et technologique qui disposerait de tous les atouts qui ont permis la Silicon Valley en Californie. 17 000 chercheurs, une puissante université scientifique, les grandes écoles françaises, le CNRS, le CEA, l'INSERM, l'INRA, l'INRIA, etc. sur un même plateau ! Là encore, j'espère qu'une nouvelle donne en 2007 permettra de valoriser les clés de la modernité française.   

asper : Le gouvernement Raffarin puis Villepin semble avoir mis en oeuvre les pôles de compétitivité que préconisait Christian Blanc. Sarkozy semblait assez motivé également par le sujet. Cela a-t-il été réalisé avec intelligence ? Que reste-t-il à faire ?

Christian Blanc : L'élément positif, c'est que les pôles de compétitivité se sont installés dans le paysage français. J'aurais dû d'ailleurs être ferme pour qu'on n'essaie pas de trouver une traduction française au terme "cluster", car ce faisant, nous avons ouvert la porte à cette dramatique exception française qui consiste à faire d'un mouton blanc à 4 pattes un mouton noir à 5 pattes.
  
Etienne : Monsieur Blanc, Ne croyez vous pas que parmi les 69 pôles de compétitivité qui ont d'ores et déjà été "labellisés" par les derniers CIACT, 60 sont de trop et que nous devrions concentrer les "maigres" moyens financiers de l'Etat vers quelques pôles à l'échelle mondiale?

Christian Blanc : Vous avez raison. J'avais personnellement proposé que l'on démarre avec 5 à 7 clusters, non pas pour des raisons budgétaires, car de toutes façons, je ne pense pas que ce soit à l'Etat de financer ces opérations, mais au capital-risque et à toute autre forme d'obtention de capital, mais ceci nécessiterait tout un développement, mais essentiellement pour des raisons stratégiques de développement de ces clusters. Il eût été très important que les premiers clusters réussissent rapidement, que dans les 18 mois qui suivraient la création de ces tous premiers clusters, il y ait un travail d'accompagnement par les régions des autres clusters dont les caractéristiques étaient favorables, et ainsi de suite. J'estime qu'il y a la possibilité de créer à moyen terme 400 clusters en France. Ce que je crains, c'est qu'en ayant lancé pour des raisons politiques un aussi grand nombre de clusters d'entrée de jeu, c'est qu'il y ait un grand nombre d'échecs susceptibles d'entraîner du découragement.
   
Ait : L’ISF rapporte peu et coûte beaucoup à l’économie de notre pays, il faudrait le supprimer ou exonérer ceux qui investissent dans l’innovation, non ?

Christian Blanc : C'est un des débats douloureux dans la vie politique française. Je pense que dans la situation de stagnation et d'immobilisme que nous connaissons aujourd'hui, ces questions ne peuvent pas être traitées avec la sérénité nécessaire. C'est en phase de relance de la croissance et avec des capacités redistributives de pouvoir d'achat que la question de l'ISF pourra être utilement posée. Il est là encore dommageable pour l'économie française que l'ISF nous prive de capacités d'utilisation de capital, et donc d'investissement.
   
Ahcene : Les étudiants ne devraient-ils pas payer des droits de scolarité plus proches de la réalité et ne pourraient-ils pas financer ça avec des emprunts garantis par l’Etat ? ça permettrait de financer nos pauvres universités.

Christian Blanc : Je crois que les idées sont bonnes ou mauvaises selon le moment où elles sont débattues. L'exemple qui est cité par les tenants de ces droits d'inscription élevés dans les universités est les Etats-Unis. Or, quand on regarde en % la part de ces droits d'inscription dans le budget des universités américaines, cela représente en moyenne 20%. Cela veut dire qu'il faut trouver d'autres mécanismes de financement des universités, et là encore, une lecture attentive de "La croissance ou le chaos" permettra de mieux répondre et plus précisément à cette question.  

benito : J'ai découvert votre nom dans la liste des personnes soutenant l'action de Jean Lassalle. Vous le soutenez toujours ? Est-ce digne d'un député que de choisir la voie du chantage ?
  
Christian Blanc
: Jean Lassalle est un homme que j'ai découvert il y a 2 ans et qui est un personnage doté d'un caractère et d'un courage exceptionnels. Il appartient à une famille de bergers ; il a ses logiques et il est réfractaire à tout ce que nous pouvons expliquer savamment en matière de délocalisation, ce qui lui donne parfois, dans ses déclarations, une tonalité très abrupte. Il vient de faire 39 jours de grève de la faim et, dans les conversations que j'ai pu avoir avec lui, j'ai acquis la certitude qu'il était prêt à mourir pour la cause de la vallée d'Aspe. Donc il était pour moi évident que le courage de cet homme et l'amitié que je lui porte ne permettaient pas le moindre compromis. D'autre part, en tant qu'ancien chef d'entreprise et ayant discuté précisément de ces questions avec les dirigeants de Total et avec tous les acteurs économiques qui entouraient cette opération, j'ai acquis la conviction qui finalement fut partagée par Jean Lassalle que la solution passait par la saturation en activités du site d'Accous, et que ce n'est qu'à l'issue de la saturation sur les quelques hectares qui restent encore libres sur ce site que d'autres développements pourraient avoir lieu, sur Lacq ou ailleurs. Donc le protocole d'accord accepté par les uns et les autres me paraît, au-delà des crispations, tout-à-fait honorable, et économiquement acceptable. Notons pour finir que le site d'Accous de Toyal est un site très bénéficiaire.
  
whoopidoo : Je vous apprécie en tant qu'homme et partage vos idées. Quelle va être votre stratégie dans le cadre de la présidentielle 2007 ? Allez-vous vous présenter ? Allez-vous réveiller l'ami public ? Soutenir Bayrou ? Ou Sarkozy ? Ou Royal ? Quelles sont vos ambitions personnelles ?

Christian Blanc : J'ai une très grande ambition, pour mon pays et pour les Français. Et l'échéance de 2007 sera à mes yeux aussi importante que celle de 1958. Je ne suis pas de Gaulle. Et donc, mon action dans l'année qui vient va être avec beaucoup d'autres de pouvoir expliquer aux Français la réalité de la situation et de proposer aux Français et à la classe politique et aux médias un plan d'actions pour que nous soyons en mesure, dans les 5 à 10 ans qui viennent, de redevenir un leader économique et social en Europe. Si au début de l'année prochaine je m'apercevais que tous ces efforts qui sont réalisés ne sont pas pris en compte par les candidats officiels, et que notre pays risque de connaître dans les 5 à 6 ans qui viennent un syndrôme argentin, alors avec beaucoup d'autres j'espère nous examinerons comment être une force de recours dans le pays.

Spiderman du 93 : Vous pensez quoi de ce que dit Ségolène Royal en matière d'économie ? (seulement sur l'économie)

Christian Blanc : Je n'en pense rien car à ce jour, rien, hormis la référence blairiste sans aucun détail, ne peut à mon sens tenir lieu de projet économique.

Annabella : La droite française est-elle plus capable que la gauche de mener des réformes effectives ?  

Christian Blanc : Objectivement, à ce jour, ni la droite ni la gauche n'ont montré une capacité à moderniser la France. Le moment est venu d'envisager très sérieusement des réformes profondes, sous peine d'un enlisement tel que les explosions sociales vont succéder aux explosions sociales.   

BJ : J'ai été un chaud supporter de C. Blanc il y a 2 ou 3 ans lorsqu'il pensait se présenter a l'élection présidentielle. Je pensais, et continue de penser, qu'il est un des mieux préparés pour faire changer ce pays. Il a compris où sont les vraies priorités et les leviers clés à actionner pour faire bouger les choses. Il a géré des entreprises et a un passé de fonctionnaire, qui plus est de gauche, sans quoi, rien (hélas) n'est possible en France. Donc l'oiseau rare !! Il me paraît clair par ailleurs, si on veut être réaliste, que d'un point de vue candidat à la prochaine élection presidenrielle, seul Nicolas Sarkozy a des chances d'être élu et la capacité à réagir à l'affaissement du pays. D'où ma question/proposition: C. Blanc devrait se rapprocher de N. Sarkozy qui devrait en faire son Premier ministre. Je sais qu'il y a un million de raisons pour lesquelles on va me dire que c'est impossible. Mais néanmoins cela mériterait d'être essayé.

Christian Blanc : Il est certain que, pour être candidat à la présidence de la République, il convient de disposer d'un appareil politique puissant, capable de relayer l'action, et de moyens financiers substantiels aujourd'hui fournis par le financement public des partis politiques. Hormis une situation de chaos, personne en France un tant soit peu réaliste ne peut nier cette réalité. Ce que je vais essayer de faire avec beaucoup d'autres, c'est de peser sur le débat des élections présidentielles et de créer le rapport de forces le meilleur par rapport à tout candidat qui aurait des chances de l'emporter.   

 

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