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Chat avec Dominique Voynet, candidate des Verts à l'élection présidentielle, jeudi 21 septembre 2006.


Quelles réformes pour 2007 ?

patrice val de marne : Pour enrayer l'augmentation de l'écart entre les pays du nord et ceux du sud, pensez-vous qu'il faille aider ceux du sud à nous rattraper ou au contraire baisser notre niveau de consommation de ressources naturelles et d'énergie ? Etes-vous du côté de ceux qui prônent la décroissance ?

Dominique Voynet : Il paraît peu crédible de faire comme si le niveau de vie et de consommation des citoyens d'Amérique du Nord pouvait être généralisé à l'échelle de la planète. Plus de 2 milliards de personnes n'ont aujourd'hui même pas accès à l'électricité, et disposent d'une eau qui n'est pas forcément potable. Alors que la demande en énergie des pays émergents explose, alors que nous croulons sous les déchets, il paraît raisonnable de mieux répartir les ressources, en maîtrisant nos consommations, et en utilisant des techniques plus efficaces. La décroissance de notre "empreinte" écologique, oui. La décroissance tout court, non. Tout simplement parce que la conversion écologique de l'économie demandera beaucoup de formation, de recherche et d'investissements !

Ptit vieux : Etes-vous pour l'abrogation de la loi Fillon ?

Dominique Voynet : Laquelle ? Celle sur l'éducation, qui propose de "privilégier les méthodes efficaces pour l'apprentissage de la lecture" ou celle sur les retraites ? Sur les retraites... Nous vivons de plus en plus longtemps, et en meilleure santé que par le passé. Je ne suis donc pas a priori choquée par le fait de cotiser plus pour la retraite, ou de cotiser plus longtemps. Mais... (il y a évidemment un mais, et même plusieurs mais) :
1. je suis très choquée par le fait qu'un manœuvre a aujourd'hui une espérance de vie de neuf ans (vous avez bien lu) inférieure à celle d'un enseignant : c'est une inégalité fondamentale !
2. je suis très consciente que beaucoup de gens (des millions, et surtout des femmes) n'ont aucune espérance de cotiser assez longtemps pour avoir une retraite complète.
3. il est donc totalement injuste de procéder comme le gouvernement l'a fait !
Et en plus, aucun problème de fond n'a été résolu.

Fiscaliste : Etes-vous favorable à l'instauration d'une TVA sociale ?

Dominique Voynet : Après guerre, la décision a été prise de financer l'assurance maladie, la vieillesse et la politique familiale par des cotisations assises sur les revenus du travail. Avec une gestion paritaire salariés - employeurs. On a de plus en plus tendance à déconnecter le droit à la protection (voir la CMU) et les modalités du financement. La TVA sociale me paraît une bonne piste. En exonérant les exportations et frappant les importations, elle restaure un peu d'équité entre les pays où existent des protections et des pays où règne la loi de la jungle.

Ricky : Etes-vous favorable au remplacement de tous les fonctionnaires qui partent à la retraite ? Ou pensez-vous qu'il y a moyen de faire des gains de productivité en ne les remplaçant pas tous ? Et êtes-vous favorable à une plus grande part laissée à la rémunération au mérite dans la fonction publique ?

Dominique Voynet : La priorité est de mieux répondre aux besoins des citoyens/usagers et de mieux répartir les moyens. Beaucoup de gens disent qu'il y a trop de fonctionnaires, mais ça se corse quand on leur demande où il faut en supprimer : on enlève des policiers en Seine-Saint-Denis ? Des infirmiers à l'hôpital ? Des éducateurs auprès des enfants handicapés ? On arrête de traquer la fraude fiscale ? On supprime la médecine du travail ? On voit bien que la place de l'Etat est à redéfinir, au moment où montent à la fois une aspiration à plus de liberté (laissez-nous respirer et entreprendre) et à plus de protection (si j'ai un pépin, je veux un filet de sécurité). Je ne trouve pas scandaleux d'engager cette discussion, à condition qu'elle soit conduite avec les syndicats et d’autres partenaires sociaux (parmi lesquels les usagers) dans le cadre d'un paquet global : conditions de travail, rémunérations, formation, mobilité dans et hors des différentes fonctions publiques. Ceci dit, quand le gouvernement actuel parle de ce sujet, c'est pour insinuer qu'il y a des tire-au-flanc dans l'administration. Et ça, c'est assez lamentable.

metallah : La privatisation de Suez-gdf est-elle nécessairement une mauvaise chose, lorsque de cette union naît un pôle gazier français aux dimensions mondiales.

Dominique Voynet : Je trouve regrettable que la puissance publique (comme on dit dans le jargon) se prive des outils et moyens d'impulser une politique forte de l'énergie, en coordination avec les autres grands acteurs européens, au moment où la demande mondiale d'énergie explose, et où se précise la menace de prix élevés des produits pétroliers. On a l'impression d'un meccano industriel, sans vision globale d'une politique énergétique associant maîtrise de la demande et diversification de l'offre.

Babybel : Etes-vous d'accord avec les recommandations de la commission Pébereau (gel des dépenses courantes de l'Etat sur 5 ans pour résorber le déficit budgétaire) ?

Dominique Voynet : C'est toujours pareil. Une lecture rapide conduit l'observateur à considérer que tout ça est frappé au coin du bons sens. Il est évident qu'une approche "qualitative" est indispensable. Quelles dépenses on coupe ? Où les économies d'aujourd'hui génèreront-elles de terribles dépenses demain ? etc.

Frankfurt : Vous avez, dans votre passé, eu des actions coup de poing (Fessenheim et de Maleville) et des liens avec des associations antimilitaristes. Vous êtes vous assagie depuis ?

Dominique Voynet : Des actions coup de poing ? Comme vous y allez... J'ai manifesté à maintes reprises mon opposition à une politique énergétique que je jugeais déraisonnable, d'une façon tout à fait non violente et pacifique. Je suis membre de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat : je trouve que les citoyens ne s'intéressent pas assez à ces questions... Comment par exemple admettre que nous dépensions chaque année autant d'argent pour le nucléaire militaire alors que la principale menace aujourd'hui, c'est le terrorisme au cœur de nos villes et la perspective de guerres régionales pour des ressources (eau ou pétrole).
Pas une passionaria, mais toujours exigeante. Faites-en autant, ça nous aidera !

Mabille : Que pensez-vous de ceux qui disent qu'il faut aller chercher l'argent là où il se trouve, c'est à dire dans la poche des entreprises ? Ne pensez-vous pas que leur désir secret est de faire de la France l'Albanie d'Enver Hodja ?

Dominique Voynet : Soyons clairs : il y a des entreprises qui tirent le diable par la queue, pas toujours parce qu'elles sont mal gérées, ou peu réactives, ou peu innovantes, mais en général parce qu'elles sont soumises aux exigences des donneurs d'ordre, et des grands groupes dont elles sont les sous-traitantes. Et puis, il y a celles qui sont florissantes, et qui organisent, via le déplacement de leurs sièges sociaux (en Suisse par exemple), une formidable évasion fiscale et le rapatriement de très confortables profits vers les actionnaires. Pas de généralisation donc. Mais une prise de conscience. Ces dernières années, le manque à gagner pour l'Etat se compte en centaines de millions d'euros par an.

Mimile : La carte scolaire est un cache-sexe qui ne dissimule même plus les pires iniquités. La gauche n'en parle pas parce que les profs sont les 1ers à la contourner pour leurs enfants, ce qui est quand même paradoxal. Quelle est votre position sur ce point ?

Dominique Voynet : Pour que les choses soient claires : je vis à Montreuil, en Seine St Denis, et ma fille fréquente le collège, situé en zone d'éducation prioritaire, de notre quartier. Et elle s'y sent bien. Si tout le monde faisait comme moi, on parlerait peut-être moins de ce drame qu'est la relégation scolaire pour beaucoup d'enfants dont les parents n’ont pas le choix. Alors, on peut soit la supprimer, au motif qu'il y a des excès (juste après, on supprimera l'impôt sur le revenu au motif qu'il y a de la fraude fiscale ?) ou inventer les moyens de la mixité (déplacer des collèges comme à Lille, refondre la carte en fonction des transports comme le suggère le GART, recruter les meilleurs élèves de ZEP dans les grandes écoles comme le fait Sciences Po). Je prends toutes vos idées.

Brahim : Les verts se font depuis quelques années les soutiens surprenants des islamistes. Après avoir défendu becs et ongles les voilées dans la polémique autour de la loi sur les signes religieux, ils semblent de plus en plus proches des mouvements de Tariq Ramadan, des Indigènes de la République, du MIB, etc... Etes-vous encore laïque madame Voynet ? Le message sur cette question chez les verts est plus que brouillé aujourd'hui.

Dominique Voynet: Ces allégations sont insultantes et grotesques. Je suis vraiment laïque, et donc je refuse de prêter la main à la désignation de boucs émissaires, et aux amalgames musulman-intégriste-terroriste (ou jeune racaille délinquant). Je refuse la dérive communautaire et je crois que ça sera plus facile de l'éviter si nous faisons vivre vraiment les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité. A Clichy, à Mantes la Jolie, c'est l'égalité qui est la plus menacée...

metallah : Doit-on légaliser systématiquement la présence d'étrangers en situation irrégulière lorsqu'ils ont un enfant scolarisé ?

Dominique Voynet : Quelle hypocrisie sur ces questions... Le ministre de l'Intérieur est bien placé pour savoir que les chiffres concernant le nombre d'étrangers en situation irrégulière est loin de la réalité. Alors même que les forces de police consacrent depuis des mois l'essentiel de leur énergie à intercepter des gens dans la rue, à les mener en centre de rétention, à les raccompagner dans des avions, seuls quelques milliers de reconduites ont eu lieu. A ce rythme, il faudrait trente ans pour expulser tous les clandestins, et à condition que personne ne tente d'entrer pendant cette période ! Cette politique est donc vouée à l'échec. Elle est par ailleurs totalement inhumaine, car elle frappe des gens qui sont installés, qui travaillent, qui apprennent le français, qui ont des familles et des amis parfois régulièrement installés depuis longtemps. Je propose qu'on arrête de mentir, et qu'on dise : ces gens sont là, ils ne repartiront pas, nous avons d'ailleurs besoin d'eux, puisque l'Europe vieillit. Bienvenue.

Philippe : Alors que tous les dirigeants socialistes approuvent la relance du programme électronucléaire, comment les Verts vont ils pouvoir conclure une éventuelle alliance alors que la sortie du nucléaire est un point dur de leur projet ?

Dominique Voynet : Elargissons un peu le débat. Le pétrole est de plus en plus cher (et il sera sans doute plus rare à l'avenir). Le nucléaire, qui n'est utilisable que dans le secteur de la production électrique, soit un tiers à peine des consommations, pose d'énormes problèmes, non résolus à ce jour (toxicité, prolifération, déchets), sans même évoquer son médiocre rendement : on ne dit jamais qu'il faut produire 3 Kw pour en acheminer un seul au consommateur. Alors, la priorité, c'est d'abord de maîtriser les consommations. Le "gisement" est énorme, avec à la clé des créations d'emploi non délocalisables (par exemple dans l'isolation des logements, où on estime à 200 000 le gisement pour les dix prochaines années). Puis de diversifier les sources. Après, on verra quelles centrales on ferme d'abord. Fessenheim, qui a trente ans ? Ou Civaux, et les autres centrales du palier N4, les plus récentes et pourtant les plus préoccupantes du point de vue de la sûreté ? Et bien sûr, renoncer à cette c... qu'est l'EPR.

Grimm : Quelle serait la première mesure que vous prendriez si vous êtiez élue à la présidence en 2007 ?

Dominique Voynet : Tout serait possible, puisque la France aurait tellement changé, et aurait tellement confiance dans son avenir ! Je suis convaincue que l'écologie n'est pas un luxe réservé aux classes moyennes, et qu'on peut traiter ensemble les questions sociales et les questions d'environnement. Le meilleur exemple, c'est le logement. Rien n'est possible sans toit au-dessus de la tête. Priorité nationale à un plan logement, de haute qualité environnementale, pour vivre mieux et subir moins.


Merci à vous ! L'exercice n'est pas facile. Je n'aime pas parler quand je ne vois pas à qui, et je trouve qu'il est difficile de ne penser qu'au rythme de son clavier (et oui, je tape à deux doigts... umpffff). Merci pour votre patience. A bientôt. DV

 

Chat réalisé en partenariat avec ChatConference.com.

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Les réactions

6. vendredi 22 septembre 2006, 16:33 toto

(par exemple dans l'isolation des logements, où on estime à 200 000 le gisement pour les dix prochaines années) 200 000 quoi ? MW ? Le gisement de pétrole ou d'économie ?

5. lundi 25 septembre 2006, 13:54 Débat 2007.fr

@ toto : pas très clair en effet. Il s'agit de 200 000 emplois. Nous complétons le transcript en ce sens.

4. mercredi 27 septembre 2006, 15:53 James Arly

De toute façon, toujours pas clair, "écologie à la française". Ex : Comment soutenir l'urgence d'aider les pays "du Sud" et soutenir qu'il faut taxer plus nos importations de ces pays avec de la "TVA sociale" ? Comment imaginer fermer des centrales nucléaires et virer cette "konnerie" d'EPR (pour toutes les raisons que nous connaissons et par ailleurs tout à fait louables) alors même que cela voudrait dire plus d'énergie d'origine fossile, plus de gaz à effet de serre, plus de réchauffement (et de profondes mutations) climatique(s)... Reste le "dogme" post situationiste, inébranlable (jusque pour sa fille dans sa "zep confortable") ! Incroyable...

3. jeudi 28 septembre 2006, 11:39 laforet

Fervent defenseur de l'environnement dans le mileu associatif je deplore, en France, la politisation de l'écologie et son acaparement par des sectes gauchisantes et irresponsables. Cela conduit à des positions incroyablement angelistes sur des questions comme l'immigration et la regularisation des sans papiers, au détriment d'une reflexion plus pertinente sur l'environnement a propos duquel on pose des questions qui faisaient débat dans les années 1970 et ont trouvé des solutions dans les années 1980. Cela conduit à une décrédibilisation et marginalisationb de l'écologie dans l'opinion, avec en arriere plan un environnement qui se déteriore de manière menaçante. L'immigration n'a jamais été que le produit d'une volonté du patronat d'une disposer d'une main d'ouvre bon marché pesant à à la baisse sur les salaires des français. Si on révalorise le travail manuel et offrons aux français des perspectives de vie et de travail honorables il n'y aura nul besoin d'apports exterieurs que l'on arrive pas à gérer! En ce qui concerne l'environnement (puisque c'est la raison d'être du débat) la focalisation sur le nucléaire et le problème des dechets est un combat d'arrière garde puisque jusqu'à nouvel ordre la filière de la production d'electricité nucléaire est bien maîtrisée et la seule productive d'énergie abondante et non productrice de gaz à effets de serre. La filière est sécurisée et les incidents exceptionnels et sans impact. La question des dechets n'est pas dans l'urgence et bloque faute d'exploration de solutions plus audacieuses comme l'enfouissement en tres grande profondeur. L'urgence maximum c'est l'effet de serre et l'emballement des changements climatiques. Gageons qu'en dévoyant ainsi la lutte contre la polution et en particulier l'utilisation des energies fossibles en tant que combustibles les petroliers trouveront dans nos "écologistes" leurs meilleurs alliés objectifs. Les pires ennemis de l'environnement ce sont les sectaires et les incompétents!!!

2. vendredi 29 septembre 2006, 09:56 James Arly

BRAVO, LaForet ! Enfin de l'écologie intelligente... Il était temps, je désespérais ! (Et je suis "nombreux" dans ce cas là...)

1. lundi 09 octobre 2006, 06:13 arthur

"ces gens sont là, ils ne repartiront pas, nous avons d'ailleurs besoin d'eux, puisque l'Europe vieillit. Bienvenue. " tres bien, mais avec ces propos vous etes directement responsable de la montee en puissance de l'extreme droite, vous etes aux fraises les verts, vous etes pour tout et le contraire de tout.

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