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 Daniel Bouton, président-directeur général de la Société Générale, a répondu à vos questions jeudi 9 novembre 2006.



Quelles réformes pour 2007 ?




Daniel Bouton: Bonjour

Hector: Je m'interroge sur le Smic à 1500 euros. Le patronat gueule comme un putois, mais il y a un paquet considérable d'allègements de charges, donc est-ce qu'il est toujours légitime de dire que c'est la faute au coût du travail non-qualifié si le chômage est encore élevé ?

Daniel Bouton : Le taux de chômage est trop élevé en France. La cause fondamentale est un taux de croissance qui peine à dépasser durablement les 2%. Les allègements de charges sur les bas salaires sont payés par les impôts de tous les Français. En réalité, même compensée par les baisses de charges, toute hausse artificielle du Smic détruira des emplois.

robert: quelles sont les réformes que vous envisageriez pour 2007 en matière d'environnement ?

Daniel Bouton : Je suis favorable à des augmentations de la taxation des différentes pollutions et au développement de marchés de droits à polluer. Une large partie des problèmes de pollution serait améliorée par la vérité des vrais prix.

Paul VI: Si vous étiez Le Peuple Souverain, quelles seraient les trois réformes que dont vous attendriez qu'elles soient mises en oeuvre par le prochain Président ?
 
Daniel Bouton :
Je refuse cette promotion, car la démocratie, c'est le pluralisme des opinions. Cependant, je pense qu’il y a trois chantiers importants. La première urgence sur le long terme, c’est l'éducation et l'enseignement supérieur ; cessons d'être le pays qui dépense le plus dans le secondaire, inefficacement, et finançons nos universités pour y laisser prospérer talents et diversités. La deuxième urgence sur le long terme est de se désintoxiquer de la dépense publique ; cessons de croire que tout problème trouve une solution dans son augmentation. Enfin, la troisième priorité, toujours sur le long terme, est d’avoir une fiscalité et un droit du travail qui poussent à créer, à entreprendre et à travailler.

ALF: Etes vous favorable, comme Nicolas Sarkozy le propose, à la suppression des droits de succession.

Daniel Bouton : Non. Les droits de succession, au-delà d'un niveau à définir, sont la légitime remise à niveau de l'égalité des chances. C'est par l'encouragement aux donations et à la transmission rapide que l'on favorisera la mobilité du patrimoine.

Lionel Piedanslplat: On sent venir la crise à droite sur le thème : faut-il d'abord passer par une purge budgétaire pour baisser la dette (rapport Pébereau) ou plutôt baisser les impôts pour stimuler l'économie quitte à creuser les déficits (ligne Sarkozy, dans ce qu'on peut en comprendre à ce stade). Vous vous situez comment là-dedans ?

Daniel Bouton: La première priorité est de faire des gains de productivité dans la sphère publique. Cessons de résoudre les problèmes en ayant recours à l’endettement. Arrêtons de tout renvoyer sur les générations futures. Le rapport de Michel Pébereau sur la dette publique l'a bien montré : nous allons dans le mur.

François Say : Le CPE a-t-il refermé le dossier de la réforme du droit du travail ? De quoi les entreprises françaises ont-elles besoin sur ce terrain ? De souplesse ? De stabilité ? Des deux ?

Daniel Bouton : Les entreprises ont avant tout besoin de règles claires et stables. Il faut en particulier mettre un terme à l'insécurité juridique permanente.

Anton : Etes-vous favorable à la suppression du Smic ?

Daniel Bouton : Non.

Atchoum : Que pensez-vous des règles de représentativité syndicale dans l'entreprise en France ? Trouvez-vous normal qu'elles n'aient à peu près pas évolué depuis la Libération ?

Daniel Bouton : Pour moi, le problème c'est qu’il n’y a pas assez de syndiqués, et trop de syndicats. Il me paraît important que les syndicats soient forts en ayant davantage de syndiqués. Pour cela, il faudrait trouver le moyen d'endiguer la course à l'extrémisme ou à l'immobilisme. Cette course résulte de la représentativité insuffisante des grands syndicats.

dw64 : "Nous allons dans le mur" : est-ce une réalité ? Beaucoup d'Etats proches ont des taux d'endettement supérieurs ou équivalents aux nôtres. N'en fait-on pas trop sur cette histoire de dette, pour nous faire avaler une potion libérale ?

Daniel Bouton : Aucun Etat occidental ne cumule un niveau de dette élevé avec un niveau de prélèvements obligatoires très élevé et des taux marginaux d'imposition records sur presque tous les impôts. Si nous n'étions pas « au taquet » sur les différents impôts, une solution pourrait être de les augmenter. Mais nous ne pouvons plus le faire. Nous sommes donc bien coincés et devons travailler sur nos dépenses et notre productivité. Il ne peut pas y avoir de fuite en avant dans l'augmentation des prélèvements obligatoires.

justine: les 35 h: à votre avis, faut-il les supprimer ?

Daniel Bouton: Leur création a été une erreur historique. Les entreprises ont besoin d'une stabilité des règles ; je suis donc partisan d'évolutions et non de révolutions. Le non-assujettissement des heures supplémentaires aux cotisations sociales paraît être une évolution souhaitable.

Garibaldi: Est-ce que le contrat de travail unique serait un progrès ? Ou pas ?

Daniel Bouton: Ce qui me semble important, c'est de sécuriser la relation contractuelle entre le salarié et l'employeur. La judiciarisation progressive de notre droit du travail précarise toutes les relations contractuelles. C'est la déjudiciarisation qui est une priorité, plus que l'unification des contrats de travail.

robert: Comment pourrait-on optimiser les règles de fonctionnement de notre démocratie (représentation, participation, constitution,....) ?

Daniel Bouton: La démocratie représentative permet de confier à des représentants élus l'arbitrage entre le court et le moyen terme, c’est à dire entre la satisfaction immédiate des parents et l'intérêt des enfants. Clairement, nos 25 années de déficit cumulés témoignent d'une volonté implicite de donner moins de chances à nos enfants. C'est cela qu'il faut arriver à endiguer.

Rémi: Après la mise en place du bouclier fiscal par Thierry Breton, l'essentiel pour 2007 n'est-il pas de préserver l'acquis ? Autrement dit, n'est-ce pas se tirer une balle dans le pied que de réclamer encore un allègement de la fiscalité des particuliers, ou carrément la suppression de l'ISF ?

Daniel Bouton: Il y a deux catastrophes. Une qui continue : la délocalisation des entrepreneurs qui ont réussi. Une qui commence : la délocalisation de ceux qui veulent entreprendre. Le bouclier fiscal pourrait être une bonne réponse s’il englobe la CSG et porte donc sur tous les prélèvements directs et s'il est admis par tous les partis. A défaut, il faudra lui donner valeur constitutionnelle, comme en Allemagne.

mimine: Est-ce que la compétitivité de la France est en train de décrocher ? et si oui, quelles sont les mesures a prendre pour qu'elle la retrouve ?

Daniel Bouton: Nous sommes toujours un espace économique attractif compte-tenu de l'importance de la population de consommateurs, du nombre de personnes très bien formées et de la qualité de nos infrastructures. Mais nous décrochons parce que les quelques milliers d'élèves des grandes écoles ne compensent pas la faiblesse du système universitaire et la faiblesse de l'effort de recherche.

kili: Y a t il un risque systémique sur les marchés financiers à cause des hedge funds qui pourraient souffrir de la hausse des taux d'intérêt des banques centrales?

Daniel Bouton: Il y a des risques, comme toujours. Mais la diversité extrême des créanciers finaux à laquelle contribue les hedge funds est plutôt un facteur d'optimisme. La volatilisation de six milliards de dollars du fonds Amaranthe n'a eu aucune conséquence. On peut donc peut-être dire qu’il y a des difficultés temporaires, mais une vraie crise systémique est plutôt moins probable qu'il y a 20 ans.

Freaky Loustic: Est-ce que vous pensez comme Jean-Marie Le Pen et Dominique Strauss-Kahn que la TVA sociale est ZE solution pour financer la protection sociale ?

Daniel Bouton : Il ne faut surtout pas croire que ZE solution pour financer la protection sociale passe par le relèvement des cotisations ou des impôts. C'était le mirage de la vignette automobile de 1956 pour financer la retraite. La TVA sociale, c'est une mini-dévaluation. ZE solution réside plutôt dans la croissance, le travail, plus d'efficacité dans les dépenses publiques et les dépenses sociales.

robert : Comment faire concrètement de l'Europe un atout pour la France ?

Daniel Bouton : Ma génération a cru et croit à notre destin européen. Les résultats des référendums français et néerlandais sont une catastrophe dans un monde où l'économie française dans 20 ans ne pèsera pas plus que celle de la province de Canton en Chine. J'ai bien dit la seule province de Canton et non pas la Chine toute entière. L'une des grandes priorités de notre futur Président sera de remettre en chantier un projet européen. Comment construire un système de gouvernance politique qui permette de prendre des décisions utiles au niveau européen et de sortir de la paralysie découlant de ces référendums de l'an dernier ?

faust : Le patriotisme économique a-t-il un sens?

Daniel Bouton : Au niveau européen, oui. Les performances économiques des entreprises françaises sont bonnes voire excellentes.

Raphus : Quelles sont vos propositions pour améliorer l'image de l'entreprise en France (cf. sondage flippant de Global Scan en 2006 sur les Français et l'économie de marché) ?

Daniel Bouton : La mauvaise gestion de notre système public explique la médiocrité des performances collectives en matière d'éducation, de chômage ou de dette. Il est donc normal que les Français n'aient pas une bonne image de leurs entreprises, puisque leur bonne santé, écrasée par la mauvaise gestion publique, ne bénéficie pas à tous. De l'autre côté, mises à part les actions de l'Institut de l'entreprise, les entreprises ne font pas assez d'efforts dans le dialogue avec toute la société française. Les Français ne connaissent pas suffisamment les progrès que nous faisons en matière de diversité, de recrutement, de formation interne, de parité homme-femme, de développement durable, etc.

Eric : Pensez-vous qu'il faut fixer un plafond (le cas échéant très élevé) pour la rémunération des dirigeants d'entreprise ?

Daniel Bouton : Ce qui me paraît essentiel pour la réussite de l'entreprise, c'est le bon alignement des intérêts des actionnaires, des dirigeants, des salariés et des autres partenaires. C'est largement fait dans les entreprises par la diffusion des parts variables et des stock options : il y a 150 000 stock optionnaires dans notre pays, pour les seules entreprises du CAC40. Instaurée depuis peu, la transparence des rémunérations des dirigeants nourrit la comparaison, la discussion, la contestation ; elle produit des effets à moyen terme qui sont très bénéfiques. C'est de cette transparence, plus que de la règle fixée par le législateur, que viendra la disparition des excès constatés ici ou là.

Karim : Bonjour je veux poser la même question qu'à MM. Mer et Sapin, que pensez-vous du fait qu'aucun des 3 candidats à l'investiture du PS n'ait, au cours de leur premier débat à la télévision, parlé serait-ce à UNE SEULE reprise de l'entreprise ?

Daniel Bouton : Je ne souhaite pas commenter les débats électoraux. Je suis persuadé qu'après la désignation officielle dans chaque parti de chacun des candidats, celui-ci saura s'attacher à la croissance, à la création de richesses et donc aux entreprises au moins autant qu'à la redistribution et aux dépenses publiques. Je crois d'ailleurs que le débat public est en train de changer, et que les électeurs le moment venu ne se laisseront pas berner par des fabricants d'illusion jouant sur la dette publique pour pénaliser les générations futures.

James Arly : Quelle réformes fiscales alors ?

Daniel Bouton : Les réformes fiscales ne peuvent se faire que par des allègements d’impôt compte-tenu du niveau record de chacun des impôts dans notre pays. Pour les entreprendre, il faut se conformer à la loi d'airain d'un pays endetté : commencer par réduire les dépenses.

Emilie : Quel doit être / peut être le rôle des entreprises dans la campagne présidentielle ? Franchement à chaque fois qu'elles l'ouvrent c'est pas très brillant voire carrément contre-performant, cf. l'appel à voter oui au référendum qui a dû convaincre 200 000 personnes supplémentaires à voter non...

Daniel Bouton : Il ne faut pas confondre responsabilité citoyenne de l'entreprise et politique. De nos jours, il est nécessaire et légitime que les entreprises participent aux débats économiques et sociétaux. Mais elles n'ont pas pour autant de légitimité politique. Les organisations représentatives des entreprises doivent faire des suggestions, poser des questions, évaluer des propositions, dénoncer des mensonges, aider les électeurs à privilégier le long terme par rapport aux illusions. Je crois que ce débat commence.

James Arly : Donc seconde question : Comment on réduit les "dépenses publiques dans la France du toujours plus" ?

Daniel Bouton : D'abord par la prise de conscience collective de ce que le "toujours plus", c'est à dire la victoire des corporatismes sur le long terme, nous met dans l'impasse. Ensuite par un ensemble de règles d'évolution et de prises de décision ; les sénateurs Didier Migaud et Alain Lambert viennent de faire des propositions de qualité. Mettons-les en oeuvre : interdisons effectivement l'annonce de toute dépense publique immédiate ou future non accompagnée de l'annonce de la réduction de dépenses concomitantes ; supprimons la Loi de finances rectificative ; transformons la Cour des comptes pour qu'elle devienne l'instrument de la rigueur de gestion au service du Parlement ; créons un véritable organe de contrôle de la dépense des collectivités locales ; fusionnons la Loi de finances et la Loi de financement de la sécurité sociale ; etc.
Deux étapes ont été franchies au début de cette décennie : la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) a modifié les règles de la Loi de finances, la comptabilité publique a été réformée ; les récentes propositions d’Alain Lambert et de Didier Migaud complèteraient utilement le dispositif. C'est par les règles de décision (la gouvernance, comme l’on dit) que l'on aura une vraie efficacité de long terme.

economica : Bonjour Monsieur Bouton, les Français ne se sont-ils pas endettés au delà du raisonnable ces dernières années ? Quelles mesures(bancaires, réglementaires) préconisez vous pour limiter le problème épineux du surendettement croissant des ménages français ?

Daniel Bouton: Je n'ai malheureusement pas de remède miracle. Dans 2/3 des cas le surendettement trouve son origine dans des accidents de la vie (licenciements, maladies, divorces). A la Société Générale nous avons peu de clients surendettés ; une meilleure information et une meilleure formation des clients sont probablement les pistes à creuser.

waldo : Depuis votre rapport, après le rapport Viénot, quel bilan tirez-vous de l'évolution de la gouvernance d'entreprise ces dernières années ? L'augmentation des rémunérations des dirigeants est très forte, et semble peu liée aux résultats des entreprises. Comment analysez-vous l'évolution du rôle des conseils d'administration (notamment au regard de l'affaire Vinci) ?

Daniel Bouton: Malgré des situations particulières parfois regrettables, et qui ont montré que les règles de gouvernance fonctionnaient puisqu'il a été mis fin à certaines situations anormales, je crois que les progrès sont considérables. Transparence sur l'organisation et le fonctionnement des conseils, transparence sur les rémunérations, évaluation des conseils, augmentation du nombre d'administrateurs indépendants dans les conseils des entreprises du CAC40, vrais comités d'audit, vrais comités de sélection et de rémunération, débats approfondis sur la stratégie. La gouvernance des entreprises françaises a bien changé.

Daniel Bouton: Merci à tous.

 

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