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Henri Lachmann, président du Conseil de surveillance de Schneider Electric, a répondu à vos questions jeudi 1er février 2007.



Quelles réformes pour 2007 ?





Henri Lachmann:  Bonjour. 

Razmoket:  On vous dit proche de Chirac, et on vous crédite d'une certaine influence sur lui. Est-ce vrai ? Et avez-vous la même proximité avec Sarkozy ? 

Henri Lachmann:  Je suis proche de Chirac, c’est vrai, mais j'ai très peu d'influence sur lui. Je connais bien Sarkozy ; je ne sais pas si j'ai de l'influence sur lui. 

Mireille, assistante à Paris:  Les patrons ont décidé d'entrer dans la campagne et toutes les organisations interpellent les candidats. C'est bien mais je voudrais savoir quel est à votre avis le candidat qui connaît le mieux ou le moins mal le monde de l'entreprise, et donc qui serait le plus à même d'apporter des réponses à ses problèmes. Merci. 

Henri Lachmann:  D'abord je pense qu'il est légitime que les chefs d'entreprise s'expriment quand il s'agit de leur domaine de compétence ou quand ils sont concernés ; et je pense que nous le faisons insuffisamment. Je suis convaincu que Nicolas Sarkozy connaît beaucoup mieux l'entreprise et le monde économique que les autres candidats ; et surtout qu'il a plus de bons sens. 

Ramon et Pedro:  Avez-vous déjà rencontré Ségolène Royal ? A-t-elle à votre connaissance cherché à rencontrer des chefs d'entreprise depuis qu'elle est candidate ? 

Henri Lachmann:  Oui, je l'ai déjà rencontrée, à l'occasion d'une restructuration (sans licenciement) de Schneider à Angoulême. Elle est venue avec son équipe pendant plus d'1h chez Schneider ; c'était en mai 2005. Je ne sais pas si elle essaie de rencontrer des chefs d'entreprise ; en tout cas j'ai eu l'impression qu'elle ne les aimait pas. 

hamlet:  Les candidats se préoccupent-ils vraiment selon vous de la question de la dette ? On pourrait en douter vu les promesses très coûteuses que les uns et les autres ne cessent de faire... Lequel vous semble avoir pris le plus conscience du problème ? 

Henri Lachmann:  Je crois que les candidats ont pris conscience du problème de la dette, mais que la dette n'est pas tout. On peut aussi (mais pas exclusivement) réduire la dette par une accélération de la croissance. 

Didier et Irène, cadres:  Tout le monde nous dit que c'est l'élection de la dernière chance : rupture d'un côté, "tout casser" de l'autre, révolution indispensable encore pour celui-ci... Le pensez-vous ? Sommes-nous réellement devant un mur et si nous ne le franchissons pas cette année, on ne pourra plus l'escalader ? 

Henri Lachmann:  Dernière chance, je ne sais pas. Je crois qu'il est extrêmement important que nous mettions en oeuvre des réformes structurelles ; celles-ci seront acceptées si nos leaders, y compris les chefs d'entreprise, font une véritable pédagogie des faits. Et ceci avant d'émettre des opinions : les faits doivent précéder les opinions. 

lulu:  Que pensez-vous des 35heures? les généraliser ou les supprimer? 

Henri Lachmann:  Je serais favorable à leur suppression. Les 35 h sont une entreprise de destruction du travail. Le travail structure nos vies, crée des richesses, nous donne un sentiment d'utilité et d'appartenance. Il libère, et n'aliène pas. 

Nicolas S, Paris 10, rue d'Enghien:  Pour ou contre un contrat de travail unique ? Et plus largement, quelle réforme du code du travail ? 

Henri Lachmann:  Je pense qu'il est utopique d'espérer un contrat de travail unique. En revanche il faut absolument et radicalement simplifier le Code du travail, et, entre autres, réduire le nombre de contrats. Je ne suis pas favorable au CDD, qui a trop de conséquences sur la vie des collaborateurs qui y sont soumis. 

michel:  Laurence Parisot milite pour la création d'une séparabilité entre employeurs et salariés. Un avis ? 

Henri Lachmann:  Je suis toujours favorable à la négociation et à la transaction par opposition au recours aux tribunaux. En tout cas la négociation doit toujours précéder ce recours. 

Robin des bois 2007:  Le thème du pouvoir d'achat est au cœur de la campagne et c'est tant mieux. Le PS propose une grande conférence nationale annuelle avec les PS sur les salaires et le Smic à 1500 euros en 2012 ; l'UMP de décharger et défiscaliser les heures supplémentaires ; l'UDF la création de deux emplois sans charge pour toutes les entreprises... Qui a raison ? Qui a tort ? Que proposez-vous ? 

Henri Lachmann:  Pour augmenter le pouvoir d'achat, la priorité, c'est de travailler plus. Pour créer de la richesse et de la croissance, il faut travailler plus. Je ne suis favorable à une augmentation aussi substantielle du Smic ; la compétitivité des entreprises est en cause. La défiscalisation des heures supplémentaires, même si je ne peux la quantifier, permettrait de dégager du travail en plus, et me paraît donc une bonne chose. 

nickylarson:  Peut-on uniformiser les législations du travail dans une Europe à 27 ? Comment y arriver ? 

Henri Lachmann:  On ne peut pas et ce n'est pas souhaitable. Il faut garder nos cultures et nos spécificités. On peut harmoniser, mais pas unifier. 

catrog75:  Quelles sont les solutions pour résoudre le problème de l'emploi des seniors ? 

Henri Lachmann:  C'est un sujet que je connais mal. Il me semble qu'il faudrait trouver des solutions d'emplois plus souples, leur permettant de transférer aux plus jeunes leur savoir-faire, leur expérience. L'emploi des jeunes me paraît plus préoccupant, et plus prioritaire. Mais de toute façon, il faudra repousser l'âge de la retraite ; le couperet ne peut pas tomber à 60 ans. Il faudra travailler plus. 

Pierre:  Quelles solutions proposez-vous pour résoudre le problème de l'emploi des jeunes ?  

Henri Lachmann:  Nous sommes lanterne rouge pour le chômage des jeunes, mais également pour l'intégration des jeunes issus de la diversité. La solution de ce problème commence à l'école, c'est par leur formation et leur qualification que nous contribuerons le mieux à le résoudre. Je pense qu'il est également fondamental d'informer avant d'orienter, et l'information des jeunes sur la vie professionnelle, les métiers, leur évolution, doit précéder l'orientation. Ce n'est pas une question de coût, c'est une question d'information, d’information, de qualification et d’orientation. C'est de notre responsabilité. 

Danièle, Montpellier:  Mon fils a 13 ans et s'ennuie à l'école. J'ai entendu parlé de l'apprentissage à 14 ans. J'avoue que l'idée de l'envoyer si jeune dans une entreprise m'inquiète. Qu'en pensez-vous ? Si jeune, est-ce une bonne idée, une solution ? 

Henri Lachmann:  Un jeune à 14 ans doit rester sous statut scolaire, jusqu'à 15-16 ans. Une formation en alternance spécifique pourrait être entreprise, mais ce n'est pas l'apprentissage à 14 ans qu'il faut. Le double tutorat, à l'école et en entreprise, est fondamental. Il devrait donc être professionnalisé. 

Paul:  Où en sommes-nous en matière d'apprentissage ? 

Henri Lachmann:  Ca progresse. La progression auprès des entreprises du CAC 40 est de 36 % d'une année sur l'autre. Ce qui fait 10 000 apprentis de plus. Il y a maintenant déjà plus de 400 000 apprentis dans ces entreprises, pour un objectif de 500 000 en 2009. Nous devrions atteindre cet objectif avant. Il faut maintenant convaincre les jeunes, leur famille et le système éducatif du bien-fondé de ce type de formation. L'apprentissage est en effet un mode de qualification des jeunes alternatif à la formation classique ; c'est un mode de formation moderne, qui peut mieux répondre aux exigences et à l'évolution de la vie professionnelle. J'insiste : ce n'est pas de la pré-embauche, mais un mode de formation sous contrat de travail, rémunéré, diplômant et qualifiant. Il forme bien au savoir-être et au savoir-faire. 

Sally:  Sincèrement, la charte de l'apprentissage, c'est un nouvel outil de comme pour les grandes entreprises... pour montrer qu'elles s'intéressent au sort de notre pauvre jeunesse, non ? 

Henri Lachmann:  Ce n'est pas un outil de communication. La preuve, c'est que les grandes entreprises du CAC 40 qui ont signé la Charte de l'apprentissage ont vu leur nombre d'apprentis progresser de 36 %. Ce n'est pas un acte de générosité, c'est de notre responsabilité et de notre intérêt de former des jeunes dont toutes les entreprises ont, ou auront, besoin. On ne peut pas laisser perdurer ce chômage des jeunes ; on ne peut pas tolérer que 150 000 gosses sortent tous les ans du système éducatif sans qualification ou diplôme. 

K-Shoo:  Etes-vous pour rendre obligatoire l'alternance en dernière année des cycles licence et master ? 

Henri Lachmann:  L'alternance devrait être une alternative à la formation classique ; elle devrait être une obligation pour la formation professionnelle, mais probablement pas pour les autres types de formations. 

legen:  Les universités Françaises se regroupent pour être crédibles à l'étranger. Que doit faire l'Etat pour rendre ses universités plus compétitives et former des jeunes prêts à l'emploi? 

Henri Lachmann:  Il faut mieux informer les jeunes, mieux les orienter, donner une véritable autonomie aux universités, et les financer en fonction d'une évaluation de leurs performances 

Julie:  Quel est votre avis sur l'augmentation des droits de scolarité à l'Université (à condition que le système de bourses soit amélioré) 

Henri Lachmann:  Le système d'études gratuites n'est pas systématiquement équitable. Le remboursement partiel du coût des études pendant la vie professionnelle devrait être envisagé. 

patrick:  Faut-il faire une sélection à l'entrée de l'université? 

Henri Lachmann:  Oui, il faut faire une meilleure information, une meilleure orientation, puis de la sélection. Le succès des grandes écoles est là pour le prouver. 

Peter O'Toole:  Est-ce qu'un alourdissement de la fiscalité sur les entreprises pourrait vous conduire à transférer à l'étranger le siège social de Schneider Electric ? 

Henri Lachmann:  Je ne Je ne l'exclurais pas. Cela me gênerait beaucoup, mais quelque part, cela pourrait être une voie obligée au vu des économies qu'elle pourrait engendrer. 

Krou Thon:  Descendre l'IS, comme le réclame Chirac, c'est complètement débile, puisque sa base est mitée. Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux élargir la base ie y supprimer des niches iniques qui ne servent qu'à enrichir les fiscalistes et baisser massivement le taux en contrepartie, pour un rendement constant ? 

Henri Lachmann:  Il est certain qu'il faudrait simplifier notre fiscalité et supprimer de nombreuses niches dans tous les domaines et pour tous les impôts qui n'ont plus de raison d'exister et qui sont devenus inéquitables. La compétitivité d'un pays s'exprime aussi (mais pas uniquement) en termes de fiscalité, et nous avons un intérêt objectif à être compétitif au niveau de l'Impôt sur les sociétés. 

Ramuntcho:  Schneider Electric ne doit pas réaliser plus de 20% de son CA en France ; alors franchement, qu'est-ce que vous en avez encore à foutre des inconséquences de ceux qui nous gouvernent ? 

Henri Lachmann:  D'abord, Schneider Electric réalise 10 % de son CA en France... Mais la France représente 20 % de nos effectifs. Cet effectif a une très forte valeur ajoutée (majorité de cols blancs). Et elle est très contributive aux performances de l'ensemble. J'ajoute qu'un dirigeant n'a pas le droit d'oublier son passeport. Et il doit quelque part être patriote. La France a certainement contribué aux performances et au bonheur collectif et individuel de notre entreprise et de ses dirigeants. On n'a pas le droit d'oublier ses racines, et une entreprise ne peut pas être apatride. Elle doit être « multi-domestique », mais son pays d'origine me paraît être fondamental. 

Robert Decan:  Etes-vous pour ou contre une réforme de l'ISF ? Et si oui, doit-elle être annoncée précisément ou impactée dans une réforme plus globale (comme le bouclier fiscal) ? 

Henri Lachmann:  C'est un sujet tabou pour les politiques. C'est clairement une nuisance économique et sociale. Je ne suis pas favorable à l'ISF, mais surtout je suis convaincu de ses effets extrêmement nocifs sur la France. On tire des buts contre son camp en croyant bien faire. 

Plum Pudding:  La rémunération des patrons atteint un niveau tel qu'ils en deviennent un sujet de scandales, inaudibles pour toute la population. Quand ferez-vous enfin machine arrière ? Ca ne sert à rien de pleurnicher après sur l'image déplorable de l'entreprise. 

Henri Lachmann:  Il y a clairement eu des dérives et quelques perversités dans ce domaine. Je les déplore, cela d'autant plus qu'elles sont très destructrices pour l'entreprise et notamment la grande entreprise qui est un des rares succès de la France ces vingt dernières années. Je crois qu'il faut être totalement transparent dans ce domaine, garder raison et bon sens, mais comprendre que le talent, la performance et la rareté méritent juste et forte (mais pas excessive) rémunération. J'ajoute que les rémunérations sont elles aussi internationales, et font partie de la globalisation. Il y a eu des abus, par exemple je suis personnellement totalement opposé aux golden parachutes. 

TOTO:  Quelle légitimité et quel apport possible pour les patrons dans la campagne présidentielle ? Est-ce que leurs interventions ne sont pas contre-productives ? 

Henri Lachmann:  Je pense que les chefs d'entreprise ont un devoir de s'exprimer dans les domaines où ils sont légitimes et compétents. Ils le font insuffisamment. En revanche ils devraient s'abstenir dans les autres domaines. 

BL:  Votre expérience menée au Climont pour les jeunes délinquants était bien plus performante que tout ce qui se fait ailleurs. Vous investissez vous toujours en ce domaine? Pensez vous que les patrons ont conscience de leur importance en ce domaine? 

Henri Lachmann:  Oui, car je pense que nous sommes responsables de l'avenir de nos jeunes. Et je pense que nous sommes trop une génération de voleurs, qui repousse ses turpitudes sur les générations à venir. 

Jean:  Selon vous, quelles sont les trois réformes prioritaires à mettre en œuvre après les élections de 2007 ? 

Henri Lachmann:  1. L'école et le système éducatif ; 2. La réforme de l'Etat et des collectivités locales ; 3. Trouver des solutions à l'intégration de la diversité dans toutes les cellules de la société française. 

GilPicaney:  Etes vous globalement pessimiste ou optimiste sur l'avenir de la France ? 

Henri Lachmann:  Très optimiste, d'une part parce que nous avons tous les atouts pour réussir (encore faut-il les jouer !) et d'autre part parce que le pessimisme est d'humeur, et l'optimisme est d'action. 

Henri Lachmann:  Merci à tous. 


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