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Eric Besson, député de la Drôme, a répondu à vos questions mercredi 18 avril 2007.



Quelles réformes pour 2007 ?






aparato toto : Ségolène Royal a précisé sa pensée hier sur la question du Smic à 1500 euros. Elle a indiqué qu'il s'agissait de 1500 euros net et même plus si la croissance le permet. Qu'en pensez-vous ? Enfin une vraie mesure de gauche ou est-ce démagogique ? 

Eric Besson : Je ne pense pas possible de parvenir à 1500 euros net sans briser une hiérarchie des salaires déjà très compressée. 
Par ailleurs, il y aurait un vrai risque d'accélération de délocalisations d'entreprises de main d’œuvre. 

Thierry Plolo : Faut-il jeter en bloc le CNE, comme le propose Ségolène Royal, ou l'améliorer pour le rendre plus présentable, comme l'envisage François Bayrou ? 

Eric Besson : La question en amont est de convaincre les salariés français qu'on peut réellement concilier la flexibilité qu'attendent légitimement les entreprises et la sécurité que veulent tout aussi légitimement les salariés. Pour l'heure, lorsqu'on parle réforme du Code du travail, les salariés français entendent précarité.  Il faut donc cesser de parler de sécurisation des parcours professionnels, mais la mettre vraiment en oeuvre en disant la vérité, c’est à dire en disant ce que sont les contrôles et exigences qui seront les contreparties d'une meilleure indemnisation et d'une aide au retour à l'emploi. 
La question du CNE deviendra caduque d'elle-même dans ce contexte. 

Chantal, d'Amiens : Pour ou contre le "contrat première chance" proposé par Ségolène Royal ? Quelle réforme pour améliorer l'employabilité et l'emploi des jeunes ? 

Eric Besson : Sur la première partie de la question : je suis opposé au contrat première chance "première formule". Les artisans et commerçants ne veulent pas de jeunes non formés, même gratuits. Je ne vois pas comment il aurait été possible d'assurer le maintien du jeune dans l'entreprise au terme d'un an.  Enfin, ce dispositif aurait été très coûteux pour l'Etat du fait de l'effet d'aubaine ainsi créé. 
Concernant l'emploi des jeunes, il n'y a que deux réponses possibles : croissance (les jeunes sont les premiers bénéficiaires d'une croissance forte et les premières victimes d'une croissance faible) et formation (l'université française est un désastre, la formation en alternance mérite mieux). 

nicky_larson : Bonjour. Selon vous, que faut-il faire de l'ISF ? 

Eric Besson : D'abord, ne pas faire de cette question soit un tabou, soit à l'inverse la question centrale de la compétitivité de l'économie française. 
La fuite des cerveaux ou des capitaux liée à l'ISF est une réalité, mais Bercy a toujours affirmé qu'elle n'était que de portée limitée.  Une réforme de l'ISF peut être envisagée, dans le cadre d'une réforme globale de la fiscalité. 
Mon sentiment est qu'on peut élargir l'assiette et baisser encore les taux. Reste que la question de la progressivité de l'impôt et de son caractère républicain est une donnée à laquelle n'échapperont à l'avenir ni la gauche moderne, ni la droite. 

Imiaga : Quel est votre avis sur un bouclier fiscal à 50% ?? 

Eric Besson : Cela ne me choque pas. Mais ce n'est pas à mes yeux la priorité de l'instant. 
Il faut définir le périmètre des services publics que l'on estime nécessaires à la compétitivité et à la solidarité dans notre pays. Puis définir le volume de prélèvements obligatoires que cela génère. Enfin, choisir la forme d'impôt direct ou indirect et les cotisations sociales qui permettent de concilier efficacité économique (la France est en économie ouverte et nul ne peut s'abstraire de cette contrainte) et justice sociale. 
Le bouclier fiscal est la résultante de tout ce qui précède. Comme je l'ai dit précédemment, je crois à l'impôt républicain (chacun contribue à proportion de ses facultés), mais je ne mésestime pas la compétition notamment fiscale entre les pays et les capitales. 

Emilien : Que pensez-vous de l'exonération des droits de succession ? Ne pensez-vous pas qu'il s'agit à la fois d'une mesure anti-sociale et finalement anti-capitaliste, puisqu'elle freine la mobilité sociale ? 

Eric Besson : Tout dépend du niveau auquel on place le curseur.
S'il s'agit réellement comme l'a exprimé Nicolas Sarkozy de permettre aux salariés qui ont travaillé et économisé toute leur vie de transmettre à leurs enfants leur maison en franchise d'impôt, cela ne me choque pas. 
Si le curseur est mis à un niveau tel qu'il s'agit de fait d'exonérer les grandes fortunes de toute imposition, cela pose non seulement un problème de justice sociale, mais même de philosophie politique : même pour un libéral, c'est le travail qui doit être récompensé, et non la rente ou l'héritage. 

Arthur : Selon vous, quel sera l'impact de l'exonération de charge des heures supplémentaires ? 

Eric Besson : La mesure va favoriser le pouvoir d'achat des salariés modestes, et le nombre d'heures travaillées dans un premier temps. Le risque est que le recours aux heures supplémentaires ne devienne excessif, et pénalise la création nette d'emplois. 
Si cette mesure devait être appliquée après une éventuelle élection de Nicolas Sarkozy, je suggérerais qu'il y ait un plafond d'heures supplémentaires exonérées pour ne pas pénaliser l'emploi. 
Par ailleurs, restera une question majeure dont j'ignore la réponse que veut lui apporter l'UMP : quid des droits dérivés (primes, retraite, etc.) ? 

JCT: Qu'avez-vous contre une TVA sociale qui permettrait de faire contribuer les imports aux comptes sociaux ? 

Eric Besson : La TVA sociale peut effectivement harmoniser les conditions de la concurrence internationale en renchérissant le coût des produits en provenance des pays à très faible coût de main d'œuvre. Mais elle a pour effet mécanique d'être davantage supportée par les ménages à faible pouvoir d'achat. 
Dans ces conditions, son éventuelle mise en œuvre devrait, selon moi, être accompagnée de mesures d'aide au pouvoir d'achat des ménages modestes. 
Par ailleurs, il serait intéressant de disposer d'études sur l'impact de la mise en œuvre qui s'est opérée en Allemagne depuis le 1er janvier.  Peut-être existent-elles ? Je n'en ai pas connaissance. 

Benjamin Lernould : Bonjour, quid de la réforme des retraites (Fillon) et quid d'une réforme des régimes spéciaux ? 

Eric Besson : Personne ne peut honnêtement prétendre "abroger" la loi Fillon.  Le vieillissement de la population française et l'évolution de la courbe démographique ne le permettent pas ; soit nous réduisons les pensions, soit nous augmentons les cotisations, soit nous travaillerons plus longtemps en supposant un taux de chômage par hypothèse donné.
En revanche la pénibilité du travail est un critère qu'il faut absolument introduire. Si mes souvenirs sont exacts, l'espérance de vie d'un cadre supérieur qui part à la retraite à 60 ans est de 7 ans supérieure à celle d'un ouvrier. On peut se baser sur les bases des compagnies d'assurance, capables de dire ce que sont, catégorie par catégorie, les espérances de vie des Français. 
Concernant les régimes spéciaux : est-ce que ces régimes sont inégalitaires ? La réponse est oui. Peut-on les abroger du jour au lendemain sans risquer un conflit majeur ? L'homme de gauche que je suis resté pense que non.  Aussi la solution proposée par François Hollande (réformer les statuts pour les entrants mais les conserver pour ceux qui sont en poste) est peut-être une bonne solution. Un libéral la trouvera probablement timorée. 

Roger Michon: On vous fait le (faux?) procès d'être devenu sarkozyste. J'ai personnellement du mal à le croire compte tenu de vos combats passés. Néanmoins, que retenez-vous de positif dans le projet du président de l'UMP ? Quelles sont les mesures que Ségolène Royal devraient reprendre selon vous ? Et, à l'inverse, quelles sont celles qui sont anti-économiques, comme les 35h l'étaient en leur temps ? 

Eric Besson : Comme je ne peux avoir l'immodestie de vous renvoyer à mon livre, permettez-moi au moins de vous renvoyer à mon site, www.ericbesson.fr, dans lequel je m'explique sur ce sujet. 
Mais je ne veux pas éluder votre question. Si au 2ème tour, Ségolène Royal se retrouve au opposée à Nicolas Sarkozy, je voterai pour Nicolas Sarkozy. Le seul cas de figure dans lequel je voterais pour Ségolène Royal est celui où elle serait opposée à Jean-Marie Le Pen. 

Corinne : Bonjour, concernant l'arbitrage baisse d'impôts/ réduction de la dette : quel choix prime ? 

Eric Besson : Avant tout, il me paraît crucial d'affecter toutes les marges de manœuvre que nous serions capables de dégager à l'innovation, la recherche, la formation et la sécurisation des parcours professionnels. Une fois la croissance repartie sur un rythme solide et durable, on pourra dans un premier temps réduire la dette, puis baisser les prélèvements obligatoires. Personnellement, c'est ce tempo-là que je suggérerais à tous les dirigeants français. 

Georg : Les Pays-Bas ont créé une agence publique chargée d'évaluer le coût des propositions de campagne. Est-ce pour vous la bonne solution pour "objectiver les débats et éviter des polémiques inutiles" ou bien doit-il revenir à un organisme privé (Institut de l'entreprise ou autre) de s'en charger ? 

Eric Besson : Autant la question de la crédibilité des mesures proposées et l'estimation globale de leur coût me paraît légitime et nécessaire, autant je n'adhère pas au fétichisme du chiffrage auquel j'ai moi-même été conduit à contribuer largement. Un chiffrage ne vaut que si l'on connaît les données exactes sur lesquelles il est bâti. 
Un exemple concret : dire que le service civique obligatoire coûtera 1 à 3 Md€ ne veut rien dire si l'on ne précise pas clairement combien de jeunes seraient concernés, s'ils seraient rémunérés, et si oui, à quel niveau, s'ils bénéficieraient d'une formation, d'un hébergement, etc. Vous voyez donc sur ce seul exemple combien peuvent varier les évaluations d'un programme. Dans mon livre, j'ai essayé d'expliquer qu'un chiffrage est un solde à vocation politique. 

JOHN : Faut-il inscrire dans la Constitution, comme le préconise François Bayrou, l'interdiction pour le gouvernement de présenter un budget en déficit de fonctionnement ? 

Eric Besson : C'est une règle que tout gouvernement devrait appliquer. Mais je ne vois pas l'intérêt de l'inscrire dans la Constitution. Le très libéral Ronald Reagan n'avait pas respecté cette règle au moment où l'économie américaine était léthargique ; cela ne l'a pas empêché de favoriser une croissance que les années Clinton ont ensuite largement renforcée. 

Luciette : Monsieur Besson, quelles sont les mesures du Pacte présidentiel qui trouvent grâce à vos yeux ?  

Eric Besson : Beaucoup d'entre elles. Mais je ne suis pas capable de vous proposer un test "Que choisir ?" en 3 secondes sur une telle question. Au-delà des mesures ponctuelles, ce qui me paraît plus important, c'est la cohérence de l'ensemble et la capacité d'un candidat ou d'une candidate à les porter. Vous aurez compris que je n'ai pas été totalement convaincu par l'une des candidates. 

Chyprou :  N'est-il pas temps, alors que les entreprises françaises perdent des marchés partout, de faire une vraie politique de l'offre plutôt que de vouloir une fois de plus relancer la croissance par le pouvoir d'achat et la consommation ? 

Eric Besson : N'opposez pas mécaniquement l'une à l'autre. La plus belle relance de l'économie française restera la relance Strauss-Kahn de 1997 à 1999, et elle a utilisé les deux leviers, l'offre et la demande. Ce qui est vrai, pour aller dans votre sens, c'est que la situation de 2007 n'est pas tout à fait comparable à celle de 1997. Les grandes entreprises françaises ont un taux de profit important, mais n'investissent que peu. Je crois donc intéressante la proposition de Ségolène Royal (je la trouve d'autant plus intéressante que c'est moi qui l'ai proposée) de distinguer le taux d'IS en fonction de son investissement dans l'entreprise ou de sa distribution sous forme de dividendes. 
Par ailleurs, la France a effectivement un problème de spécialisation sur le marché international (c'est même devenu vrai dans le domaine des hautes technologies), et cela milite effectivement pour une politique industrielle volontariste. 
Mais il reste que nous sommes confrontés à un vrai problème de pouvoir d'achat des Français les plus modestes. Et c'est pour cela que je continue de penser que la relance devrait marcher sur ses deux jambes. 

Pauline : Que pensez-vous d'une alliance entre Ségolène Royal et François Bayrou comme proposée par Michel Rocard ? Seriez-vous prêt, si on vous le propose, à entrer dans un gouvernement rassemblant des hommes (et femmes) de gauche comme de droite ? Ou avez-vous définitivement tiré un trait sur votre carrière politique ? 

Eric Besson : En réponse à votre première question, je crois inéluctable à terme un rapprochement entre une gauche réformiste et le centre. Ne serait-ce que du fait d'un constat que chacun peut faire : l'extrême gauche en France n'est liée que par son rejet de l'économie de marché... et de la gauche réformiste. Je ne crois pas en revanche que cela puisse se faire en 24 heures, au lendemain d'un premier tour d'élection présidentielle. Un tel rapprochement ne peut se faire que dans la transparence, à l'issue de congrès des partis concernés comme le SPD allemand a eu son congrès de Bad-Godesberg ou comme Tony Blair a assumé devant ses militants la réorientation qu'il entendait donner au Parti travailliste. Les socialistes, au Mans, ont exclu toute alliance avec le centre. Et François Bayrou n'a pas porté cette idée devant le congrès de l'UDF. Cela rend l'éventuel mariage très risqué. 
Sur le deuxième point, je ne suis pas choqué par l'idée que des femmes et des hommes de gauche et de droite puissent travailler ensemble, mais le pays a besoin pour être dirigé d'une majorité claire à l'Assemblée nationale, capable d'assumer les réformes voulues par un Président de la République fraîchement élu. Dans les conditions actuelles, je ne vois pas comment cela pourrait se produire.
Concernant ma carrière politique, non, je n’ai pas tiré un trait. D'abord parce que je suis et reste maire d'une commune (certes modeste : 5 000 habitants). Ensuite parce que j'ai bien l'intention de me présenter à nouveau un jour devant le suffrage universel. Mais je ne peux pas me présenter aux élections législatives (même si c'est un crève-cœur) parce que cela signifierait me présenter face à des élus et des militants socialistes qui m'ont soutenu farouchement depuis 12 ans dans la Drôme. Je leur ai infligé ces dernières semaines pas mal d'épreuves. Je suis incapable de leur infliger celle-ci, même si très immodestement je suis convaincu qu'actuellement je serais réélu dans ma circonscription sans difficulté si je me présentais "sans étiquette".  Disons que c'est le prix à payer de la liberté que j'ai choisie. 

Benjamin Lernould :  En conclusion, vos réponses sont sympas mais vous n'êtes pas candidat... Donc si nous sommes d'accord avec vos idées, on vote pour qui dimanche prochain ?? 

Eric Besson : J'ai commis une erreur il y a un mois en disant que je ne dirais pas pour qui je vais voter au premier tour et je vais donc aller au bout de cette erreur et de cet engagement. Mais je m'exprimerai juste après, et m'expliquerai dès lundi matin sur mon site. 

Eric Besson : Merci à tous, à bientôt pour de nouvelles aventures ! Cordialement, Eric Besson. 


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